Accueil Interview Kaka Sékou Camara à propos des violences à N’zérékoré : « Notre région est...

Kaka Sékou Camara à propos des violences à N’zérékoré : « Notre région est située dans un environnement violent »

139
PARTAGER

La région de N’zérékoré connait souvent des affrontements violents, vindictes populaires et assassinats ciblés. Pour comprendre les causes de cette situation, nous avons approché Kaka Sékou Camara, sociologue et chargé de renforcement des capacités au conseil régional des  organisations de la société civile de N’zérékoré.

Courrierdeconakry : Bonjour Monsieur Kaka Sékou Camara!

Kaka Sékou Camara: Bonjour !

Courrierdeconakry : La région forestière a connu ces dernières années beaucoup de cas de violences et de criminalité. La dernière en date est l’assassinat d’un jeune homme. Selon vous qu’est ce qui explique cette situation ?

Kaka Sékou Camara: La région forestière vient de très loin.  Nous sommes situés entre trois pays frères qui ont connu des guerres fratricides lors des vingt dernières années.   Ces pays ont déversé chez nous tous les mauvais comportements et attitudes. Et nous avons connus  le renversement du pouvoir économique. Les jeunes sont devenus dépositaires  de l’argent. Les vieux dépendent automatiquement  des jeunes. Et quand il y a ça, les jeunes n’écoutent pas les vieux. L’éducation familiale est partie. Les parents ont démissionné dans l’éducation des jeunes.  A cela s’ajoute la consommation des stupéfiants. Il y a une floraison de fabrique locale de boissons alcoolisées. Avec seulement 1000fg, tu es sooulé déjà. Et quels sont ceux qui ont accès à ça ? Ce sont les jeunes garçons. Un enfant, quand  on lui donne 2000 fg pour aller à l’école, il achète 1000 francs de galette. Le reste, il achète de l’alcool avec.  Quand tu le vois devant toi, tu le prends pour un enfant mais il est dans un état tellement différent.  Les rumeurs et les fausses informations divulguées par des personnes mal intentionnées  constituent aussi un facteur important qui alimente  également la violence dans la région forestière.

Courrierdeconakry : Il y a aussi plusieurs  lieux de recréation (maquis, bars, boites de nuits) dans l ville de N’zérékoré où souvent on assiste à de scènes de violences. Est-ce que l’Etat n’a  pas un rôle à jouer pour sécuriser ces lieux ?

Kaka Sékou Camara: Ce n’est pas parce qu’il y a des lieux de récréation qu’il doit avoir la violence. C’est quand ces lieux ne sont pas réglementés,   même s’il y a peu de lieux, il peut y avoir la violence. C’est une question de réglementation. L’Etat a un rôle. La force dissuasive  de l’Etat doit exister. Lorsque nous avons envie de nous battre ici et que nous  voyons dix policiers passer, nous allons nous ressaisir parce que c’est une force dissuasive. C’est cette force dissuasive là qui manque.

Courrierdeconakry : Alors  que faut-il faire aujourd’hui pour changer la donne ?

Kaka Sékou Camara: Moi je dis qu’il faut mettre en place un programme.  Un programme de changement d’attitude et de comportement qui va prendre en compte plusieurs types d’acteurs. Et on peut trouver plusieurs types de projets  à l’intérieur de ce programme. Le projet qui peut s’occuper de l’éducation à l’école, le projet qui peut aller vers la sensibilisation des parents pour parler de leurs rôles et responsabilités dans l’éducation des parents et l’axe qui peut s’intéresser à la justice. Comment amener les citoyens à comprendre quelles sont les réformes qui ont eu lieu au niveau de la justice. Il y a beaucoup de cabinet et beaucoup d’avocats qui peuvent aller sur les antennes pour expliquer à la population les procédures à suivre quand il y a un problème. Comment ne pas se rendre justice ? Donc toutes ces panoplies d’information peuvent se retrouver dans un programme. Ensuite il faut renforcer le nombre d’agent de force de défense et de sécurité et les équiper. Je pense qu’avec tout cela même si la violence ne finit pas mais elle va diminuer.

Courrierdeconakry : Merci

Kaka Sékou Camara: c’est à moi de vous remercier.

Interview réalisée par Mamady 2 Camara, correspondant à N’Zérékoré

 

 

Print Friendly, PDF & Email