Accueil Opinion La traite des humains en Libye, la résurgence d’une abjecte pratique (Par...

La traite des humains en Libye, la résurgence d’une abjecte pratique (Par Mohamed Makandé COUMBASSA)

313
PARTAGER

Alerté par des images extrêmement choquantes diffusées par la chaîne d’information américaine  CNN, montrant des hommes vendus aux enchères par d’autres hommes, le monde entier a été consterné de constater l’horreur à laquelle sont confrontés les migrants d’Afrique subsaharienne tentant de traverser la méditerranée pour rejoindre les côtes européennes en quête d’un hypothétique avenir meilleur. Si l’opinion publique internationale ne peut prétendre aujourd’huiignorer l’existence de l’esclavage en quelques endroits de la planète sous des formes plus ou moins variées et atténuées, elle est cependant restée pantoise face à la révélation de ce qui a libre cours au pays de Khadafi. Il s’agit sans nul doute d’une pratique d’une autre ère que l’on croyait révolue à jamais. On serait presque tenté de croire que l’histoire est un éternel recommencement. En effet, ce qui se produit aujourd’hui en Libye s’est déjà déroulé des siècles auparavant dans une Afrique soumise à l’abjection de la traite arabo-musulmane. De toute évidence, bien avant que les chercheurs européens de l’anthropologie physique n’élaborent au XIXème siècle des théories raciales dénuées de tout fondement scientifique sérieux reléguant le noir à un rang inférieur, l’opinion publique arabe, aidée en cela par des érudits très influents à l’époque comme Ibn Khaldoun, avait déjà décrété de façon quasi irréversible l’infériorité de l’homme noir. La résurgence au grand jour en Libye de cette tragédie, qui n’est autre que l’esclavage, relance le débat sur son abolition en terres arabes et permet à ceux qui ne le savaient pas de découvrir la condescendance et le mépris que nourrissent encore bon nombre d’arabes à l’égard des noirs perçus comme inférieurs et esclaves. Marcus Garvey et Malcolm X, figures emblématiques de la lutte contre l’esclavage et ses conséquences dévastatrices, doivent se retourner dans leurs tombes. L’esclavage représente ce qu’il y a de plus avilissant et horrible pour l’espèce humaine. Il s’inscrit totalement aux antipodes des principes universels d’égalité édictés et reconnus par l’humanité tout entière. Pour toute personne dotée d’une conscience humaniste rien ne peut justifier cet inqualifiable asservissement qui se hisse tristement au point culminant de l’abomination humaine. En vertu de quels principes un homme peut-il avoir en sa possession absolue d’autres hommes et exercer sur eux un droit de vie et de mort ? De surcroît comment des hommes ont-ils pu avoir l’outrecuidance d’ériger cette inénarrable pratique en une florissante institution ? Certains hommes, épris des idéaux d’équité et de justice, se sont pourtant énergiquement insurgés pour inverser la tendance et éradiquer cet ineffable assujettissement. Mais comment, après avoir livré et gagné de valeureuses batailles en vue de l’amélioration des droits humains, l’on peut voir réapparaître en Libye cette monstruosité ? Pourquoi l’esclavage constitue-t-il encore un fléau si difficile à extirper de nos sociétés ?

Ignoble et insoutenable pratique, l’esclavage a toujours existé presque chez tous les peuples. De l’Antiquité en passant par le Moyen Age jusqu’à nos jours il aura traversé les époques en déshumanisant et en détruisant des pans entiers d’hommes et de femmes capturés, vendus et arrachés à leur environnement originel pour être déportés vers des lieux dont ils ignoraient absolument tout. Ils y exécutaient alors les tâches les plus colossales et les plus déshonorantes, et ce, sans la moindre rétribution. Etymologiquement le vocable esclavage provient du latin médiéval sclavus. C’est à Venise, où la majeure partie des esclaves étaient des slaves des Balkans, que le terme esclave aurait fait son apparition au Moyen Age. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les plus brillantes civilisations de l’humanité doivent leurs plus prestigieux vestiges à la force du poignet de milliers d’individus flagellés sans cesse par des contremaîtres impassibles obéissant le plus souvent aux ordres d’un monarque profondément despote et mégalomane s’attribuant des qualités surhumaines voire divines. Le colosse de Rhodes, les pyramides d’Egypte, de nombreux châteaux et palais royaux, pour ne citer que ceux-ci, ont été bâtis par des hommes réduits en esclavage par leurs semblables. Sous des œuvres splendides et gigantesques, qualifiées de merveilles du monde, se cache en réalité l’impitoyable exploitation de l’homme par l’homme. Les rapports humains ayant longtemps été régis par la loi du plus fort, tels les animaux dans la jungle, les hommes s’en prenaient à moins forts qu’eux pour en faire des esclaves. Jules César et Alexandre le grand furent tous de très grands conquérants ayant pillé des contrées entières et esclavagisé leurs habitants. La grandeur de Rome et d’Athènesse serait donc construite sur la bassesse de leurs odieuses conquêtes.  L’histoire de Spartacus, l’esclave qui fit trembler l’empire, en dit long sur la grandeur et la décadence de Rome qui tenta d’étendre ses tentacules jusqu’en Afrique. Certains de ces grands empires se sont écroulés en raison de leurs visées expansionnistes et esclavagistes démesurées. Vouloir étendre son règne à tant d’endroits à la fois, on finit par éparpiller ses forces et surtout tomber sur plus fort que soi.

Très tôt l’Afrique, quant à elle, a été assaillie par des arabes qui venaient y faire le commerce des esclaves. Plus que le commerce transatlantique, la traite arabo-musulmane dura longtemps et fut très préjudiciable à l’Afrique. Elle s’étendit sur pas moins de 1400 ans avec 15 à 17 millions de déportés. Pourtant dans nos manuels scolaires, on n’enseigne que la traite négrière mise en place par les européens faisant ainsi sciemment abstraction de mentionner le répugnant rôle joué par les arabes les ayant précédés dans cette monstrueuse entreprise qu’est l’esclavage. La traite arabo-musulmane fut d’une violence et d’une cruauté inouïes. Elle fut même génocidaire dans la mesure où les criminels esclavagistes arabes eurent recours à une politique de castration massive des esclaves africains pour les empêcher de se reproduire. Quoique difficilement conquis, l’émancipation et l’épanouissement des descendants d’esclaves africains aux Etats-Unis et en Amérique Latine contrastent avec la quasi inexistence des descendants d’esclaves dans les pays arabes. Cet épisode peu glorieux du passage des arabes en Afrique est passé sous silence, il y a une sorte d’omerta qui s’est solidement constituée à ce sujet. Il n’est donc pas surprenant aujourd’hui qu’ils renouent en terre libyenne avec leurs basses œuvres d’antan. Il ne s’agit nullement ici d’excuser une traite et d’incriminer une autre. Il ne s’agit pas non plus de dresser un portrait au vitriol des arabes par pur sentiment anti arabe. Il s’agit juste d’établir la vérité historique en toute objectivité. En effet,tous les historiens, faisant preuve de probité intellectuelle ou de rigueur scientifique, conviendront qu’à l’échelle de la durée, de la férocité et de la barbarie, le commerce triangulaire fut moins grave que la traite arabo-musulmane. Il est de notre devoir en tant qu’africains de révéler ce sombre passage des arabes sur notre continent. Il fut un temps où des voix s’étaient élevées pour exiger de l’Occident la réparation du préjudice causé à l’Afrique par le commerce transatlantique. Par contre personne n’a jamais reproché quoi que ce soit aux arabes qui ont pourtant plus pillé le continent noir de ses bras valides que les occidentaux. Le devoir de mémoire exige que l’on dépoussière cette période douloureuse et obscure de notre histoire, qu’on l’enseigne dans nos écoles afin que nous en sachions davantage sur la nature véritable de ces arabes qui se font passer aujourd’hui pour des moralistes religieux. Malheureusement les élites africaines, dont beaucoup sont musulmanes, privilégient une solidarité religieuse avec le monde arabe au détriment de l’exigence d’un travail de mémoire. Quelle étrange solidarité ! Comment peut-on être solidaire de son bourreau pour taire de surcroît l’ignominie qu’il nous a infligée ? C’est le comble de l’inconscience mêlée à la faiblesse.

Très tôt un certain nombre d’écrivains musulmans se sont appuyés sur un extrait de la Bible, qu’ils ont dénaturé à leur convenance, pour justifier l’esclavage. Ce passage biblique mentionne que Noé, ayant été découvert dans un état d’ébriété et de nudité, aurait été recouvert respectueusement par deux de ses fils. Le troisième fils, appelé Cham, se serait moqué de sa nudité. Noé, en représailles à cet écart de conduite, l’aurait maudit en le faisant esclave de ses frères. Cet anathème paternel, prononcé sous le coup du courroux, se serait répercuté sur la descendance de Cham. Au texte biblique les auteurs musulmans ajoutèrent que la malédiction de Cham le rendit noir et s’étendit à toute sa descendance. Cette croyance absolument contraire au texte coranique va s’enraciner dans l’ensemble du monde musulman pour justifier et pérenniser l’esclavage. Cependant un grand auteur musulman Ibn Khaldoun  s’éleva, au XIVème siècle, contre cette légende de la noirceur de Cham. Il contesta cette idée tout en démontrant qu’elle n’est pas prescrite par les textes sacrés. Il donna une tout autre explication de la noirceur des africains subsahariens qu’il étaya par leur situation géographique où prédominent le soleil et la chaleur. Dans le même ordre d’idée, Ahmed Baba, un autre auteur, fit savoir au XVIIème siècle que les textes coraniques n’ont jamais associé esclavage et noirceur. Ses textes furent rejetés par la plupart des protagonistes de l’esclavage plutôt préoccupés par les juteux bénéfices qu’ils en tiraient. Si Ibn Khaldoun, jouissant au XIVème siècle d’un respect considérable en raison de son haut niveau d’érudition, a déconstruit la légende relative à la pigmentation des africains subsahariens, il n’a en revanche jamais remis en cause l’esclavage, il l’a même encouragé en déclarant que : « Les seuls peuples qui acceptent l’esclavage sont les nègres en raison d’un stade inférieur d’humanité, leur stade étant plus proche du stade animal ». Cette affirmation, qui fait manifestement froid dans le dos, jette le discrédit et l’opprobre sur son auteur fût-il une sommité intellectuelle. La traite arabo-musulmane n’est que le fruit d’une scandaleuse instrumentalisation de la religion pour des fins purement mercantilistes. Le fait qu’une religion admette la pratique de l’esclavage va complètement à rebours des principes divins. Dieu nous est présenté comme Le Plus Juste. Autorisait-Il donc la plus grande injustice qu’a connue l’humanité, en l’occurrence l’esclavage ? Les arabes esclavagistes, soucieux de préserver les faramineux intérêts qu’ils puisaient du commerce des esclaves, ont laissé croire le contraire. Dieu est Le Seul Maître de l’univers et toutes Ses créatures sont Ses serviteurs. De ce postulat, il va de soi qu’aucun homme n’a le droit d’être maître de son prochain. Tous les hommes sont égaux devant Dieu. Les hommes occuperont des grades différents auprès d’Allah selon leur piété. Tel homme sera plus honoré que tel autre parce qu’il aura été plus pieux que ce dernier.

La condition des noirs dans les pays arabes est tout simplement catastrophique. Très minoritaires et marginalisés, ils sont la cible de toute forme de ségrégation et de discrimination. Ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone. Ce ne sont pas des citoyens à part entière mais des citoyens entièrement à part. A force de subir les pires railleries et sévices, ils se résignent, fatalistes, et finissent par accepter leur condition « d’hommes inférieurs ». Les quelques rares noirs qui y vivent constituent une minorité silencieuse presqu’invisible. En Algérie, les noirs presqu’inexistants sont originaires du sud qui est une région riche en ressources naturelles. Pourtant, ils ne profitent d’aucune retombée de cette richesse. En Tunisie, il est curieux de constater que la plupart des noirs sont originaires de Gabès. Ce sont sans doute des descendants d’esclaves que les arabes ont paqués dans cette région pour les isoler et leur signifier leur humiliante condition d’esclaves. Les noirs libyens ne sont pas en reste, ils sont tout aussi stigmatisés et ségrégués. Ce n’est qu’à l’issue du printemps arabe que beaucoup ont été informés de l’existence d’une tribu noire assez importante dont un des représentants, vivant en France, était intervenu sur France 24 pour dénoncer leurs pénibles conditions d’existence dues au racisme exacerbé que leur font subir leurs compatriotes arabes. En Arabie Saoudite, les noirs ne sont visibles que dans les compétitions sportives. Dans le différend qui l’opposa à l’Arabie Saoudite, le président égyptien Nasser dénonça avec virulence la pratique de l’esclavage dans le royaume Wahabite. Plus près de nous en Mauritanie, les noirs sont systématiquement considérés comme des esclaves et subissent énormément d’injustice de la part de leurs compatriotes « blancs ». Bien qu’ayant été aboli seulement en 1981, l’esclavage perdure dans ce pays. Il concerne les descendants de noirs surexploités comme esclaves depuis des générations par les maures blancs. La société mauritanienne demeure profondément structurée par l’esclavage. Dans ce pays, des hommes, des maures blancs d’origine arabo-berbère, naissent maîtres tandis que d’autres, les maures noirs d’origine négro-africaine, viennent au monde esclaves. Selon Kevin Brian Bales, expert en esclavage moderne : « La Mauritanie est le pays où la proportion d’esclaves dans la population totale est la plus élevée du monde ». Dans un tout autre registre, le Soudan du sud, très discriminé et majoritairement habité par les noirs chrétiens ou animistes, est souvent entré en guerre contre les autorités arabes de Khartoum. En 1992, Daoud Bolad, un élément important du dispositif de l’armée soudanaise régulière, s’est aperçu qu’il était d’abord perçu comme un noir avant d’être musulman dans son pays. Il s’est vu refuser à la mosquée certaines places par le simple fait d’être noir. Complètement désabusé, il déclencha une révolte qui aboutit hélas à son arrestation et à sa torture qui lui fut fatale. Tout le monde a encore à l’esprit les atrocités innommables qu’ont endurées les populations noires et non musulmanes lors du conflit au Darfour, situé à l’ouest du pays. Selon Salah Trabelsi, un des meilleurs spécialistes des traites musulmanes et professeur d’histoire à l’université Lyon 2 : « Les récits historiques et littéraires classiques convergent pour rétablir la présence des esclaves à tous les échelons du monde arabe et à toutes les étapes de son histoire ». Qu’ils soient du Moyen-Orient ou du Maghreb, les arabes, bédouins ou berbères ne perçoivent l’homme noir que sous un angle purement esclavagiste. Un arabe verra toujours un noir comme un misérable esclave. La pratique esclavagiste demeure indubitablement très ancrée dans les sociétés arabes. Ces passeurs libyens qui vendent les migrants noirs le font en toute indifférence, sans le moindre état d’âme. Ils sont même fiers de perpétuer la sale besogne autrefois pratiquée par leurs cruels et barbares ancêtres. Face à ces tristes et inadmissibles cas de figure, on est en droit de s’interroger sur l’utilité de l’Union Africaine. Selon Edmund Burke : « Le mal triomphe par l’inaction de bonnes gens ». La passivité ou l’indifférence des hommes de bonne vertu face au mal conduit inexorablement à son expansion.  La prestigieuse institution panafricaine qu’elle est supposée être ne devrait pas admettre en son sein les pays qui cautionnent de tels agissements. Ils doivent systématiquement perdre leur qualité de membres. Le bannissement radical et définitif de l’esclavage doit être un critère déterminant d’adhésion à l’Union Africaine. Tout Etat qui ne respecterait pas cette disposition de l’Union devrait en être purement et simplement exclu.

Ne pas situer la responsabilité de l’Afrique concernant l’esclavage qu’elle a subi serait faire preuve de mauvaise foi. L’Afrique a aussi sa part de responsabilité dans cette page noire de son histoire. Mais quelle que soit la faute qui peut lui être imputée, elle reste minime par rapport à celle commise par les arabes et les occidentaux qui s’y sont présentés avec la ferme intention malsaine d’y posséder des esclaves et d’en instituer le commerce. Ce que l’on peut reprocher vigoureusement à l’Afrique aujourd’hui est le fait qu’elle laisse perdurer certaines coutumes rétrogrades et dévalorisantes pour l’homme. La société africaine traditionnelle repose encore sur des croyances fondées sur les castes qui correspondent à une forme de hiérarchisation des classes sociales. Reléguées au bas de l’échelle de la société, les familles issues des différentes castes demeurent stigmatisées et écartées de certaines tâches supposées réservées aux prétendues nobles familles. De même, les mariages sont absolument proscrits entre les familles « de haut rang » et celles « de rang inférieur. » Plus grave encore certains africains, d’une inconscience et d’une inhumanité indicibles, osent même traiter d’autres africains d’esclaves. C’est le paroxysme du ridicule. On se rappelle encore les propos outrageants d’Abdoulaye Wade traitant Macky Sall d’esclave parce que ce dernier aurait œuvré pour que son fils, Karim Wade, fût poursuivi pour malversation commise lors de sa présidence. Quelle piteuse sortie pour un ex chef d’Etat qui plus est nonagénaire censé incarner la sagesse au plus haut point ! Si tant est que Macky Sall soit un esclave ; quel parcours d’exception accompli par ce dernier !

Il ne serait pas dépourvu de cohérence de poursuivre cette analyse en s’appesantissant un tantinet sur l’élément déclencheur de toute cette polémique, en l’occurrence le cas des migrants transitant par la Libye pour entrer en Europe. Des milliers d’africains essaient, au péril de leur vie, de pénétrer illégalement le territoire européen perçu comme un havre de bonheur, un véritable eldorado. Mais la réalité est toute autre. Il y a belle lurette que l’Europe n’est plus l’eldorado qu’elle a été un certain temps pour les immigrés africains, ouvriers pour la plupart, venus chercher une meilleure condition de vie. La mondialisation  aidant, de nombreuses entreprises occidentales ont adopté une stratégie de délocalisation dans les pays en développement où la main-d’œuvre est bon marché. S’ensuivent alors des vagues successives de licenciement qui viennent grossir le taux de chômage déjà non négligeable. A ce facteur vient s’ajouter l’ouverture des frontières de l’Union Européenne à tous ses Etats membres. Ce qui entraîne un déferlement des ressortissants des pays d’Europe de l’est, moins aisée, vers l’Europe occidentale plus nantie. Les rapports de travail s’en trouvent ainsi profondément bouleversés. Les ouvriers originaires d’Europe orientale supplantent ceux d’Afrique, vivant pourtant depuis longtemps en Europe occidentale, sur le marché de l’emploi. Comment dans un tel contexte, des migrants africains, fraîchement débarqués et illégaux par-dessus le marché vont réussir à tirer leur épingle du jeu ? Rien n’est moins sûr. Se faire une place en Occident même en étant en situation régulière relève d’un véritable parcours du combattant. Que dire alors de ceux qui s’y aventurent en toute illégalité ? La réponse se passe de commentaire. A cela il faut ajouter le nombre élevé de ceux qui trouvent la mort lors de la traversée dans des embarcations de fortune installées par des passeurs aveuglés par l’appât du gain.Tenter une aventure suicidaire est-il un moyen efficace d’échapper à la pauvreté ? Certainement pas. Certains parents, indigents et assez rêveurs, sont les premiers à encourager leurs enfants à s’embarquer pour la Libye dans l’espoir qu’ils les sortiront de la misère qui rythme leur triste quotidien.

Il serait quelque peu maladroit d’achever cette réflexion sans évoquer enfin les multiples raisons qui incitent les jeunes gens à vouloir se rendre mordicus en Europe. La plupart des expatriés, de retour au pays, font miroiter l’aspect paradisiaque de l’Occident. Ils impressionnent parents et amis avec quelques liasses d’euros sans jamais avouer leurs réelles conditions d’existence qui sont loin d’être exemptes de toute difficulté. Ils véhiculent une image de réussite et laissent croire que l’Occident serait l’endroit approprié pour espérer atteindre une position sociale décente voire élevée.Tout ceci pousse les jeunes à partir se disant qu’il n’y a pas de raison qu’ils n’y réussissent pas à leur tour. Dans la conscience collective actuelle des jeunes d’Afrique subsaharienne la réussite ne se trouve qu’au-delà de la méditerranée. Il faut donc aller la chercher par tous les moyens nécessaires. Les jeunes n’ont aujourd’hui plus confiance en leurs pays. Ils pensent que l’avenir y est obscurci et sérieusement compromis. Les causes profondes de cette migration sont imputables en partie aux hauts responsables africains dont la malversation n’est plus à démontrer. Gangrénée par la corruption et le détournement de fonds publics, l’administration africaine ne peut que plonger ses populations dans la précarité et la pauvreté. Les hauts dignitaires, prédateurs aux appétits voraces, d’année en année font main basse sur des montants astronomiques censés être investis pour le bien-être des populations. De tels agissements causent des dysfonctionnements de l’appareil d’Etat. Pire ils ensevelissent l’Etat dans son impéritie à juguler les problèmes fondamentaux auxquels la nation est confrontée. Ces délinquants en cols blancs africains tirent une bonne partie de leur douteuse fortune de l’aide publique au développement versée par les occidentaux. Ils garnissent leurs comptes bancaires européens et y achètent des appartements cossus. De l’autre côté, on a l’impression que les occidentaux ne sont pas sincères dans leur aide puisqu’ils savent pertinemment que l’argent qu’ils donnent revient d’une manière ou d’une autre alimenter leur circuit bancaire. Pour un soutien financier efficace, ils doivent procéder à la traçabilité des fonds d’origine africaine hébergés sur leurs comptes bancaires. Dans l’affaire des biens mal acquis, la section française de l’ONG allemande Transparency International a mis à nu l’insolente richesse, investie à Paris, de certains présidents africains. Tous ces montants pharaoniques auraient dû permettre de créer des conditions favorables à l’épanouissement et au développement des populations africaines de sorte que personne ne songeât à s’expatrier pour espérer vivre mieux. Les occidentaux ont travaillé dur pour atteindre ce stade de développement qu’on leur envie tant. C’est en toute logique que leurs populations n’éprouvent nul besoin d’envahir d’autres endroits à la recherche d’un quelconque bien-être. Ainsi, il est d’une nécessité impérieuse que nous en fassions autant chez nous afin de créer les meilleures conditions d’existence.

Sans la moindre prétention d’user d’un ton moralisateur, je finirai en délivrant ce modeste message aux nombreux candidats à la migration : « Nul ne peut vous interdire de réaliser votre rêve de vous rendre en Europe que vous idéalisez tant. Mais sachez faire preuve de patience et cherchez le visa. Une fois le précieux sésame obtenu, prenez ensuite l’avion pour atterrir à la destination de votre choix. Cela est largement préférable que de vous lancer dans une improbable aventure en Libye où vous risquez à coup sûr de tomber dans les filets de passeurs crapuleux sans le moindre scrupule qui feront de vous leurs esclaves. Quel triste et regrettable sort ! Voulant fuir à tout prix une misère qui n’en est pas une en réalité peut conduire à une situation inattendue complètement alambiquée. C’est une erreur manifeste de croire qu’on ne peut réussir qu’en Europe. L’Afrique n’est pas l’enfer et l’Europe n’est pas le paradis non plus. »

Mohamed Makandé COUMBASSA

655 34 54 71/ 621 43 73

[email protected]

 

Print Friendly, PDF & Email