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‘’Les maladies mentales sont comme les autres maladies’’  Dixit le  Pr Doukoukoué Morifodé, chef du service de psychiatrie de l’hôpital Donka

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Le mercredi 18 octobre au service de psychiatrie de l’hôpital Donka, nous avons été reçu par le Pr Ag Doukouré Morifodé, médecin pédopsychiatre-psychiatre pour discuter la question des maladies  mentales ou troubles mentaux. Ce chef de Chaire de psychiatrie et psychologie médicale à la Faculté de médecine et chef de service de psychiatrie invite les patients à venir se traiter et ne pas prendre leurs maladies pour une fatalité. Bonne lecture !

Lecourrierdeconakry.com : Quelles sont les raisons des consultations au niveau de votre service psychiatrique ?

Pr  Doukouré Morifodé : Il suffit seulement que la famille décide de l’amener, parce que c’est l’une des particularités. Parfois la personne vient d’elle-même et s’acquitte de ses frais de consultations. Mais personnellement, il faut que cela soit dans la culture du Guinéen, les consultations sont faites sur rendez-vous.

Quelles sont les principales causes des maladies mentales ?

Vous savez, la plupart des maladies mentales sont considérées comme des troubles fonctionnels. Et, lorsqu’on parle de trouble fonctionnel, on ne retrouve pas de lésion au niveau du corps. Vous savez, l’être humain a deux composantes : le corps et l’esprit que nous appelons le mental de psychisme. Le psychiatre s’occupe de cette deuxième composante qui est le mental ou le psychisme. Et, lorsque vous parlez des causes de ces maladies, il est un peu difficile d’indexer un seul comme étant la cause. Il existe des facteurs de risque. Parmi ces facteurs de risque d’apparition des maladies mentales, il y a des facteurs pré-disposants, des facteurs déclenchants, des facteurs perditions. Parmi ceux pré-disposants, il y a le genre.  Soit qu’on est homme ou femme, ça fait le lit de certaines maladies. Il y a la personnalité, la manière d’être de chacun, il y a la génétique selon que les ascendants ont présenté ou pas. Donc, c’est un facteur de risque. Mais également, il y a l’environnement qui est un facteur déclenchant des évènements de vie, des évènements heureux ou malheureux peuvent être des facteurs déclenchants.

A quel moment faut-il consulter ?

Dès qu’on sent qu’il y a changement. Quand ce n’est plus n’est plus comme avant.

En Guinée, beaucoup estiment qu’il faut se diriger vers les guérisseurs traditionnels…

 Mon conseil de médecin, en tant que  scientifique, enseignant chercheur, lorsque les gens présentent des troubles psychiatriques, ils doivent être diagnostiqués et traités. Les maladies mentales sont comme les autres maladies. C’est vrai, on est le fruit de sa culture, on respecte la culture des uns et des autres, mais, tout comme le paludisme, la salmonellose, la dépression est une maladie, la manie est une maladie, la phobie est une maladie.

Peut-on dire  qu’il y a une sorte de concurrence entre la médecine traditionnelle et vous les scientifiques ?

Pas du tout !  En ce qui me concerne, non. Nous n’avons pas les mêmes concepts, ni les mêmes visions, ni les mêmes interprétations de ceux dont les patients souffrent.

 Alors, selon vous, pourquoi les familles sont-elles réticentes à envoyer les malades à l’hôpital ?

Pas toutes les familles ! Je n’ai pas fait d’étude statistique pour comparer les deux cas mais, je crois qu’il y a un aspect culturel parce que dans notre culture, tout ce qu’on ne comprend pas, on attribue au surnaturel. Je crois que c’est ce qui explique un peu cela. Et cela quel que soit le niveau d’instruction des uns et des autres.

 Avez-vous un dernier message?

Je vous dis merci  de m’avoir donné l’opportunité d’aborder des questions qui me tiennent à cœur. Je sais qu’à travers cet entretien beaucoup trouveront leur compte et auront le courage de faire des démarches afin d’amoindrir leurs souffrances.

Entretien  réalisé par Nantènin Traoré

 

 

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