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Accueil Opinion & Débats

Pléthore de ministres conseillers à la présidence: Quelle portée sur la décision publique?

LCC de LCC
13/04/2016
in Opinion & Débats
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Pléthore de ministres conseillers à la présidence: Quelle portée sur la décision publique?
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L’intervention des membres du gouvernement aussi bien dans la mise sur agenda des problèmes publics que dans le cadre de la mise en œuvre de la politique gouvernementale est l’un des dispositifs indispensables au fonctionnement de l’État. Cependant, cette responsabilité, quoiqu’incombant au gouvernement en premier lieu, est aussi assurée par une multitude d’acteurs de second plan dont les directeurs de cabinet, les conseillers, les secrétaires généraux, les directeurs généraux, etc; d’autant plus que ces personnages de l’ombre disposent de redoutables moyens susceptibles d’inverser leur rapport de force avec l’élite politique (gouvernement) face à laquelle ils sont (a priori) en situation de subordination.

Aujourd’hui, en Guinée, il faut relever qu’une nouvelle structure « atypique » s’est aussi forgée une place dans la vie de l’État: les ministres conseillers à la présidence de la république. L’association de ce nouveau groupe à la fabrication de la décision publique qui, par nature, est influencée et régulée par une pluralité de contraintes ainsi que son adaptabilité avec le souci de réorganisation des structures ministérielles sous l’impulsion de programmes issus des politiques dites de « modernisation administrative » ou de « réforme de l’État » amènent à s’intéresser aux potentielles conséquences dudit système sur le cœur de l’action publique: « la décision publique ». Par crainte de constituer, par surcroît, un frein à l’action du gouvernement, la rationalisation d’une telle entité s’avère incontournable pour éviter l’apoplexie de notre appareil étatique.

 

Rôle des acteurs étatiques dans le mécanisme de décision publique: un processus teinté d’antagonismes imperceptibles entre membres du gouvernement et ministres conseillers à la présidence.

L’inscription des problèmes à l’agenda ayant toujours nécessité des mobilisations entre divers acteurs (membres du gouvernement, fonctionnaires de l’administration ou technocrates, groupes d’intérêt, etc.), avec, en toile de fond, des négociations et des compromis, il faut dès lors préciser que le processus décisionnel est donc déterminé par une question de rapport de force. Ce qui, avec l’avènement d’un nouveau groupe d’acteurs(ministres conseillers), risque de contrarier l’efficacité et la rapidité dans le processus de fabrication de la décision publique; pour la simple raison que cette entité s’apparente davantage à un gouvernement dédoublé (porté par une logique de rivalité inapparente avec le gouvernement) qu’à une structure susceptible de contribuer avec efficience et efficacité à la réalisation des politiques de réforme de l’État.

Si les politistes s’accordent à dire qu’un gouvernement fort aura toujours tendance à s’appuyer sur une équipe restreinte alors qu’un gouvernement fragile élargit son assise par la diversification des portefeuilles ministériels, il faut rappeler qu’au lieu d’appliquer cette solution au cas guinéen, le chef d’État s’est plutôt contenté de déplacer le problème: du départ de certains ministres de l’ancien gouvernement, on est passé à un dédoublement du véritable gouvernement composé de ministres conseillers à la présidence de la république.

De cette manière, tous les facteurs de blocage/ralentissement de l’action gouvernementale ou de la construction des politiques publiques liés à la diversification des ministères sont simplement transportés du gouvernement vers la présidence. Déjà qu’il peut exister des risques de désaccord entre certains ministères ( Le ministère des Affaires Étrangères et des Guinéens de l’Étranger et celui de la Coopération Internationale, par exemple) dans le traitement des questions de nature horizontale, il est indéniable que l’avènement des ministres tels que le ministre conseiller chargé des questions diplomatiques ou le ministre conseiller chargé des questions économiques et financières, etc, peut aussi présenter de grands risques de chevauchement d’attribution ou de conflit de compétence entre ministres sectoriels et ministres conseillers à la présidence.

 

La récente illustration du chevauchement d’attribution se confirme par le fait que des ministres ont été recalés du récent voyage du chef d’État en Arabie Saoudite (fin mars) et remplacés par le ministre conseiller chargé des questions diplomatiques qui, en tant qu’acteur intégré dans le rapport de pouvoir et disposant de marge de manœuvre lui permettant de maîtriser d’autres acteurs par le biais de ce qu’on appelle en science politique « L’accès aux informations et leur captation », a su influencer les décisions du président au détriment des ministres sectoriels.

Dans le contexte actuel, la solution consiste donc à ne pas perdre de vue les objectifs prioritaires des politiques de réforme, en l’occurrence la réorganisation des structures de l’État.

Rationalisation des structures de l’État ou le moyen habile de sortir du cercle vicieux pour intégrer le cycle vertueux.

Sachant que le sens de l’expression « réforme de l’État » ne saurait être uniquement réduit à la « réforme administrative »  ( amélioration du fonctionnement des services permanents et apolitiques de l’État), son extension aux entités politiques, notamment le gouvernement ou certaines structures de la présidence, dénote jusqu’où peut aller la volonté qu’afficheraient les autorités pour la redéfinition des missions de l’État.

Peu importe les stratégies adoptées pour la clarification des missions des membres du gouvernement, il apparaît que plus les départements ministériels sont diversifiés, plus on aboutit à un émiettement de l’action administrative. Chaque ministre étant préoccupé par les intérêts spécifiques dont il a la charge, il va de soi qu’il ait donc sa propre conception de l’intérêt général qui peut ne pas être identique à celle de ses collègues et pas nécessairement en phase avec la politique générale du gouvernement. A rappeler que d’autres acteurs (précédemment cités) ont aussi leurs définitions de l’intérêt général ainsi que leurs propres moyens de contrainte susceptibles d’affecter la cohérence de l’action gouvernementale et la construction des politiques publiques.

 

Quoi qu’il en soit, la meilleure issue pour le chef d’État est de procéder à des réformes radicales afin de rationaliser le fonctionnement de l’État, sachant bien entendu que son principal slogan au lendemain de sa réélection était de procéder à la formation d’un gouvernement composé de technocrates et non d’hommes politiques afin d’accélérer le développement du pays et de poursuivre les politiques de réforme. Pour ce faire, il devra se pencher sur les démarches de la politique dite « nouvelle gestion publique » ou « new public management », inspirée des techniques managériales du secteur privé pour mettre en balance le rapport coût/efficacité de chaque structure ou service de l’État dans le but d’améliorer le fonctionnement de la machine étatique.

A chaque État, doit correspondre une culture politico-administrative symétrique à son histoire et sa forme juridique, diront sans doute certains. En effet, selon qu’il est fédéral ou unitaire, chaque État peut appliquer son propre « NPM » (New Public Management). C’est justement pour cela que le président, en raison de la forme juridique de notre État (État unitaire fortement centralisé et à pouvoir exécutif fort), devra préalablement revoir l’organigramme de ses structures, notamment celles de la présidence.

Alhassane Sabaty Kanté

Citoyen guinéen

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