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Blanchiment d’argent : La Guinée engagée à éradiquer la pratique

LCC de LCC
28/06/2019
in Actualités, Economie
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Blanchiment d’argent : La Guinée engagée à éradiquer la pratique
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Des immeubles de haut standing, des voitures de luxe, des belles villas, de nouveaux milliardaires, des usines de tout genre, sont visibles un peu partout à Conakry. Cette situation amène les plus avertis à réfléchir. Est-ce que l’argent sale n’est pas en train d’être introduit dans l’économie guinéenne. Les économistes peuvent bien penser à la présence en Guinée des blanchisseurs d’argent.

Malgré l’existence de la loi relative au blanchiment de capitaux, la mise en place par la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) du comité de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), la Guinée a mis en place, en avril 2019, une nouvelle plate-forme appelée Association guinéenne pour la transparence (AGT) pour lutter contre ce phénomène. « Dans cette plateforme, on trouve des normes et des recommandations cruciales obtenues à travers une enquête réalisée auprès des acteurs impliqués dans la lutte contre le blanchiment des capitaux en Guinée », avait affirmé à l’époque, Oumar Kaana Diallo, président de l’AGT.

Pour Pierre Koly Mara, Directeur général de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), chaque pays doit prendre des dispositions contre le blanchiment de capitaux, car le phénomène tue l’économie nationale : « Chaque pays doit prendre des dispositions pour être moins vulnérable. Et lorsqu’un pays ne prend pas les mesures préventives, cela permet aux criminels financiers de venir investir de l’argent sale. Tout le monde sait que l’argent sale tue l’économie ».

Mais c’est quoi le blanchiment d’argent ?

Selon les spécialistes,  « le blanchiment des capitaux est un processus qui consiste à dissimuler l’origine, la propriété ou la destination de capitaux obtenus illégalement ou malhonnêtement en les dissimulant sous des activités économiques légitimes afin de les faire paraitre légaux. Il consiste à remettre dans le circuit légal des capitaux dont l’origine est illicite, voire criminelle, telle que la criminalité organisée, le trafic de stupéfiants, d’armes, de biens et de marchandises, de main-d’œuvre clandestine, le trafic d’êtres humains, l’exploitation de la prostitution, la fraude fiscale grave et organisée, etc. »

Selon M. Kaana Diallo, les blanchisseurs d’argent cherchent en permanence de nouveaux itinéraires de blanchiment de leurs fonds. « Les économies dotées de centres financiers en expansion ou en cours de développement, mais où les contrôles sont inadaptés, sont particulièrement vulnérables, d’autant plus que les pays dotés de centres financiers bien établis appliquent des dispositifs complets de lutte contre le blanchiment de capitaux », a-t-il indiqué.

Le président de l’Association guinéenne pour la transparence fait savoir qu’il y a trois étapes pour blanchir de l’argent : c’est le placement ou l’immersion, l’empilement/dispersion, qu’on peut aussi appeler le lavage, puis le recyclage/intégration : « Le blanchiment est en général effectué en trois phases. Il y a d’abord  le placement ou l’immersion (également appelé le prélavage). Cette première étape consiste à introduire les fonds à blanchir dans le système financier. Cela peut se faire en fractionnant de fortes quantités d’espèces pour obtenir des sommes plus petites et moins suspectes qui sont alors déposées directement sur un compte bancaire, ou en se procurant divers instruments monétaires (chèques, ordres de virement, etc.) qui sont ensuite collectés et déposés sur des comptes en d’autres lieux (c’est à ce stade que le processus de blanchiment est plus vulnérable). Ensuite, nous avons l’empilement/dispersion (le lavage). Cette deuxième étape consiste à procéder à une série de conversions ou de déplacements des fonds pour les éloigner de leur source. Les fonds peuvent ainsi être transférés à travers l’achat ou la vente d’instruments de placement (obligations, bons du Trésor, etc.) ou encore le blanchisseur peut se contenter de les virer sur une série de comptes ouverts auprès de diverses banques à travers le monde. Dans certains cas, le blanchisseur peut masquer les transferts sous forme de paiements de biens ou de services, ce qui lui permet de donner aux fonds une apparence légitime. Et en fin, il y a le recyclage/intégration. Cette troisième et dernière étape revient à réintroduire les sommes blanchies dans l’économie après leur avoir donné une légitimité. En effet, l’intégration permet de réinsérer le produit des opérations de dispersion dans l’économie de manière à ce qu’ils apparaissent comme les profits légaux d’une activité économique officielle (investissement dans des circuits économiques officiels : immobilier, tourisme, finance). »

Les différents modes opératoires des blanchisseurs étant connus, il est nécessaire de mettre en place des dispositifs pouvant empêcher l’introduction dans le circuit financier normal de l’argent sale.  C’est ce qu’explique M. Pierre Koly Mara, Directeur général de la Cellule nationale de traitement des informations financières : « Il faut d’abord s’assurer de l’identité des personnes effectuant des opérations. L’identification doit s’effectuer avant l’opération au moyen d’une copie d’un document probant, généralement, la carte d’identité, le passeport ou les statuts pour les sociétés. Cette obligation s’impose à l’égard du client, des éventuels mandants et bénéficiaires effectifs. Les données d’identification, ainsi que les données et pièces relatives aux opérations, doivent être mises à jour et conservées pendant 10 ans à partir de la fin des opérations. Si l’identification s’avère impossible, l’entreprise doit s’abstenir de relations d’affaires et d’opérations avec la personne. Ensuite, il faut  dépister les opérations atypiques, susceptibles de constituer des tentatives de blanchiment des capitaux ou de financement du terrorisme. Une série de précautions et d’actions répond à cette mesure : vérifier si l’opération présente un lien avec l’un des pays à haut risque vérifier si le client, un mandataire ou un bénéficiaire effectif est soupçonné de terrorisme, figurant sur la liste nationale des risques ; s’informer sur les motifs du client, de manière à déterminer la nature et l’objet de la relation d’affaires ; prendre des mesures de vigilance renforcée en cas de risque accru, tels que la conclusion de contrats en dehors de la présence du client ou impliquant des personnes politiquement exposées. Par exemple : déterminer si le client ou son bénéficiaire effectif, est une personne politiquement exposée ; établir l’origine du patrimoine et des fonds ; surveiller attentivement la relation d’affaires ; demander des documents d’identification supplémentaires ; établir un rapport écrit sur les opérations douteuses ; transmettre à la CENTIF les soupçons de blanchiment de capitaux ou de financement du terrorisme sans informer les clients concernés ou des tiers (sauf autorités concernées) que des informations ont été transmises à la CENTIF ou qu’une information judiciaire est, ou pourrait être, ouverte. »

Le financement du terrorisme, qui est une forte préoccupation des gouvernements du monde entier, se fait le plus souvent grâce à de l’argent blanchi. Selon le Fonds monétaire international (FMI), les fonds blanchis ou destinés au financement du terrorisme représenteraient entre 400 et 1000 milliards d’euros, soit entre 2,5 et 5 % du PIB mondial.

Monique CURTIS pour lecourrierdeconakry.com

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