Commémoration du massacre du 28 septembre 2009 : les victimes dénoncent une justice inachevée
À l’occasion de la commémoration du massacre du 28 septembre 2009, l’Association des Victimes, Parents et Amis du 28 septembre (AVIPA) et plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont tenu une conférence de presse ce dimanche à la Maison commune des journalistes, à Conakry.
Les intervenants ont salué la décision des autorités de la transition d’avoir organisé, après plus d’une décennie d’attente, le procès du 28 septembre sur le territoire guinéen. Toutefois, ils ont également relevé plusieurs zones d’ombre entourant cette procédure judiciaire.
Des victimes toujours insatisfaites
Plus d’un an après le verdict du tribunal de première instance de Dixinn, présidé par le juge Ibrahima Sory 2 Tounkara, qui avait condamné plusieurs principaux accusés – dont Moussa Dadis Camara, Aboubacar « Toumba » Diakité, Claude Pivi et Moussa Tiégboro Camara –, les victimes se disent toujours insatisfaites. Elles réclament que la justice guinéenne aille jusqu’au bout de la procédure impliquant les anciens dignitaires du CNDD.
La présidente de l’AVIPA, Asmaou Diallo, a dénoncé l’exclusion de centaines de victimes dans le processus de réparation et d’indemnisation, ainsi que la grâce présidentielle accordée en mars 2025 à l’ancien chef de la junte, Moussa Dadis Camara.
« Pour plus de 730 victimes constituées partie civile et plus de 400 auditionnées par des juges, seules 334 ont été mentionnées dans la décision de justice. Cela signifie que des centaines de victimes, pourtant reconnues dans la procédure, ont été invisibilisées dans le jugement final. Ce fait est douloureux, incompréhensible et injuste. Il montre à quel point une justice complète est encore loin. Pire encore, la grâce présidentielle accordée en pleine procédure d’appel a été vécue comme un véritable choc par les victimes. C’est une décision politique qui envoie un signal d’impunité et remet en cause la crédibilité même de l’appareil judiciaire », a-t-elle déclaré.
Mme Diallo, qui a perdu son fils lors du massacre, a lancé un appel à l’État guinéen afin de mieux accompagner et protéger les victimes, dont certaines subiraient encore des menaces. Au nom de l’AVIPA, elle a réclamé la tenue sans délai d’un procès en appel.
« Il est urgent que la justice aille au bout de son travail de manière transparente et équitable. Le processus de réparation doit être revu afin qu’il soit inclusif, définitif et juste. Chaque victime reconnue doit bénéficier de ses droits sans discrimination. Les victimes, témoins et défenseurs des droits humains doivent être protégés, car leur sécurité est une condition essentielle pour que la justice suive son cours », a-t-elle insisté.
De son côté, Me Alpha Amadou DS Bah, président de l’OGDH et avocat coordinateur du collectif représentant les parties civiles, a dénoncé la grâce présidentielle accordée à Dadis Camara.
« La grâce accordée à Dadis Camara envoie un signal préoccupant, celui de l’impunité. Pourtant, le processus judiciaire est toujours en cours, et la population guinéenne mérite qu’il aille à son terme. Pour que ce procès illustre la lutte contre l’impunité, nul ne doit faire obstacle à l’émergence de la vérité », a-t-il affirmé.
La FIDH interpelle l’État guinéen
Pour Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine, la Guinée doit respecter ses engagements en matière de droits humains :
« Le massacre du 28 septembre est un crime contre l’humanité. Nous appelons les autorités guinéennes à respecter leurs obligations régionales et internationales, et les partenaires privilégiés de la Guinée à rester mobilisés. Si cette œuvre de justice venait à s’arrêter ici, ce serait un signal terrible adressé aux populations civiles, en Afrique et dans le monde, démontrant un nouvel échec de la justice internationale. »
Il faut rappeler que lors du massacre du 28 septembre 2009, plus de 150 personnes avaient été tuées et des centaines blessées. Par ailleurs, une centaine de femmes avaient été victimes de viols et d’autres violences sexuelles dans l’enceinte du stade.
Ibrahima Soya








