Chaque semaine, Le Courrier de Conakry donne la parole aux citoyens sur un sujet d’actualité.
Depuis plusieurs jours, les opérations de déguerpissement menées dans plusieurs zones de Conakry dominent l’actualité nationale. Maisons, commerces et installations considérés comme occupant le domaine public sont concernés par ces actions, qui suscitent de nombreuses réactions au sein de la population.
Si certains y voient une volonté de rétablir l’ordre urbain et de libérer les espaces publics, d’autres s’inquiètent des conséquences sociales et économiques pour les familles touchées. Entre la nécessité d’aménagement, le respect des règles d’urbanisme et les difficultés humaines, le sujet divise et interpelle.
Mais que pensent les citoyens de ces opérations de déguerpissement en cours dans la capitale ? Le Courrier de Conakry est allé à leur rencontre pour recueillir leurs avis et donner la parole à ceux qui vivent directement cette réalité.
Kadiatou Keïta, gestionnaire

Je trouve que c’est une bonne chose. Cela va dans l’intérêt de la population, surtout que les usagers sont exposés aux dangers de la route. Donc c’est une bonne initiative.
Je ne fais que remercier l’État guinéen et le gouvernement pour cet acte.
Concernant les commerçants, nous les prions de rentrer à l’intérieur du marché et d’arrêter de venir aux abords des routes. »
Mamadou Bella Bah, élève

Concernant le déguerpissement, ce qu’ils sont en train de faire, selon moi, ce n’est pas bon. Ils font pleurer les gens. Ce sont ces boutiques-là qui les nourrissent. Quand on les enlève, ce n’est pas une bonne chose.
Avec les problèmes financiers actuels, s’ils n’arrivent pas à avoir de quoi manger, ils ne sauront pas quoi faire.
Clauvis Goumou, professeur d’histoire

C’est une très bonne chose parce qu’aujourd’hui, quand on regarde dans la sous-région et même à l’international, la plupart des capitales africaines misent sur l’embellissement. Pour cela, il faut passer par l’assainissement des voiries urbaines.
Notre capitale est souvent frappée par l’insalubrité, avec des ordures dans les caniveaux, et lorsque des étrangers viennent, on a parfois honte de leur montrer Conakry. Donc ce que le gouvernement est en train de faire est une très bonne chose et nous l’encourageons.
Seulement, la méthode a été brutale. Il aurait fallu prévenir, au moins cinq à six mois à l’avance, pour permettre aux populations de quitter les lieux. Le Guinéen vit au quotidien. Quand on tombe ainsi sur les citoyens, ce n’est pas bon.Nous demandons à l’État de continuer l’assainissement, mais aussi de chercher des solutions pour permettre aux personnes déguerpies de vivre mieux. »
Lansana Oularé, professeur de mathématiques et de physique

C’est normal à cause de la sécurité de la population. La vie humaine doit être la priorité. Les commerçants s’installent sur les routes pour vendre, ce qui comporte des risques. On entend souvent parler d’accidents mortels à proximité des routes. Le problème n’est pas de les faire partir, mais de leur proposer une solution durable. On les chasse, puis ils reviennent s’installer. Le gouvernement doit leur trouver des endroits stables pour exercer leurs activités en toute tranquillité.
Kèmo Condé, coordinateur

Le déguerpissement est une très bonne chose. Les gens vont souffrir, mais à la longue ils comprendront que c’est pour le bien de tous. Il faudrait aussi intervenir dans les quartiers où il n’y a pas de routes. Les victimes doivent comprendre la situation, car il y avait des croix sur ces lieux depuis longtemps. Ce n’est donc pas une surprise. Mais si l’État casse, il doit reconstruire rapidement pour éviter que les gens ne reviennent s’installer.
Alseny Thiam, commerçant

Vu l’état de nos routes, je ne peux pas dire que ce n’est pas une bonne chose. Nous tendons vers le développement. Comme le dit l’adage : “On ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs”. Ceux qui ont été victimes doivent pardonner. On ne peut pas lutter contre l’État. Tout ce qui donne une mauvaise image à notre pays, nous devons tous lutter contre cela, pas seulement l’État. »
Sira Condé, commerçante

Dégager les routes est une bonne chose, car il y avait beaucoup d’accidents. Je ne suis pas contre. Mais nous demandons à l’État de nous trouver un autre lieu pour continuer nos activités et nourrir nos enfants.
Ousmane Sow, commerçant

Le déguerpissement est bon, mais le problème, c’est quand on détruit les biens des gens et qu’on laisse ensuite les lieux sans rien faire. Il faut aménager pour éviter que les gens ne reviennent. Détruire sans nettoyer ni reconstruire ne rend pas la ville belle.
Houssainatou Sow, étudiante sortante

Le déguerpissement n’est pas une mauvaise chose, car il facilite la circulation.
Mais l’État ne doit pas oublier les commerçants. Beaucoup vivent uniquement de ce travail.
Mettre de l’ordre est nécessaire, mais il faut aussi proposer des marchés bien organisés.
Monsieur Barry, commerçant

S’ils détruisent et qu’ils retravaillent aussitôt, moi je suis d’accord, surtout si cela permet d’éclairer la route. Mais détruire et laisser comme ça, c’est dangereux. D’autres peuvent venir y faire n’importe quoi. S’il y a un bon aménagement, je n’ai aucun problème avec ça.
M’bamakan Diaby









