Le procès de l’ancien président de la Cour Constitutionnelle, Dr. Mohamed Lamine Bangoura, s’est poursuivi ce lundi 2 mars devant le tribunal de la Cour de Répression des Infractions Economiques et Financières (CRIEF) délocalisé à la Cour des Comptes dans la commune de Kaloum. Ce haut cadre de l’administration guinéenne est poursuivi pour des faits présumés de détournement de deniers publics, de corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité.
L’audience du jour a été marqué par l’annonce de la constitution en partie civile du greffier Lanciné Kankou Keita. Dans son ordonnance de renvoi fixé le 9 mars prochain, le président de la Cour Yagouba, Conté a décidé d’entendre le nouveau plaignant qui va faire sa déposition devant le tribunal.
Lors de l’interrogatoire de ce lundi, Dr. Mohamed Lamine Bangoura a été confronté à l’un des avocats de la partie civile en l’occurrence Me Antoine Pépé Lamah. Ce dernier s’est appesantie sur les fonds alloués à la Cour Constitutionnelle lors des élections de 2020 à l’époque du régime Alpha Condé. L’avocat a insisté sur la gestion et l’utilisation de cet argent et aux fonds alloués à l’institution.
« J’ai posé des questions sur les chefs d’infraction poursuivis, sur le détournement des données publiques. Docteur Mohamed Lamine Bangoura a voulu se dérober de ses fonctions d’ordinateur principal des dépenses de la défunte Cour constitutionnelle. Nous avons cité les dispositions de la loi organique portant organisation et fonctionnement de la Cour d’alors qui attestent clairement qu’il était l’ordinateur principal et que le DAF était le comptable. Cette déclaration a été confortée par les affirmations de ses anciens collègues conseillers de la Cour constitutionnelle, notamment Docteur Ansoumane Sacko, Terna et plusieurs autres. Sur l’utilisation de ces fonds, Docteur n’a pas été à mesure de donner une réponse affirmative sur l’utilisation, par exemple, des fonds qui déclarent lui avait été versés par le Chef de l’Etat à l’occasion des élections. Il a soutenu qu’entre 3 à 5 milliards lui ont été versés à l’occasion des élections. Qu’est-ce qu’il a fait de ces fonds ?
Est-ce qu’il peut nous justifier l’utilisation de ces fonds ? Il dit qu’il n’y a pas de document comptable qui explique l’utilisation de ces fonds.
Est-ce que les autres conseillers étaient au courant de l’existence de ces fonds ? Nous n’avons pas eu une réponse satisfaisante sur la question. » a expliqué Me Lamah.
Quant à l’avocat de la défense, il estime que son confrère s’appuie beaucoup plus sur les déclarations collaborateurs de client.
« Nous apprenons que l’avocat de l’Agent judiciaire de l’État n’a pas bien compulsé ce dossier. Ses questions sont trop basées sur les déclarations d’anciens collègues, comme si leurs paroles étaient d’Évangile. Dire que le comité de trésorerie n’avait aucune base légale, c’est le comble de la mauvaise foi. Il a été démontré, depuis l’instruction préparatoire, qu’un décret du chef de l’État avait créé ce comité et qu’il a bel et bien fonctionné au sein de la Cour constitutionnelle. Ce dossier est vide, monté de toutes pièces. On parle de 20 milliards comme s’il les avait reçus en liquide, alors qu’il s’agit du budget voté dans la loi de finances pour la Cour constitutionnelle. Aucune action ne pourra prospérer devant la CRIEF ».
A l’issue des débats houleux entre les différentes parties, le président du tribunal a renvoyé le procès le lundi afin de permettre la comparution du greffier constitué en partie civile et les autres prévenus poursuivis dans ce dossier.
Ibrahima Soya









