140 morts, 11 disparus et des centaines de blessés. C’est le bilan alarmant révélé par Avocats Sans Frontières (ASF) lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi 14 février 2025 à Conakry. L’ONG, dans un rapport détaillé, revient sur les circonstances tragiques ayant conduit à cette catastrophe survenue le 1ᵉʳ décembre 2024 au stade du 3 Avril de N’Zérékoré, lors d’un tournoi de football.

Selon le rapport présenté par Maître Christophe Labilé Koné, avocat et porte-parole d’ASF, l’enquête a été menée en collaboration avec plusieurs organisations de défense des droits humains. Elle s’appuie sur des témoignages de familles de victimes, de supporters, d’autorités locales et de forces de sécurité présentes sur place.

« 140 personnes ont perdu la vie dans ce drame, tandis que 11 autres sont toujours portées disparues, laissant leurs familles dans une angoisse insoutenable », peut-on lire dans le document.

L’ONG précise que 156 familles ont été recensées, correspondant aux 140 décès, aux 11 disparus et aux nombreux blessés. Parmi elles, 98 réclament justice, tandis que 58 s’en remettent « à la volonté divine » et ne souhaitent pas poursuivre d’actions judiciaires.

Le rapport évoque également les contradictions entre les différentes sources officielles. Alors que le gouvernement guinéen annonçait un bilan provisoire de 56 morts, le Conseil Supérieur de la Forêt évoquait près de 300 décès et des centaines de blessés. De son côté, le Collectif des Défenseurs des Droits de l’Homme de la région de N’Zérékoré faisait état de 135 morts et d’une cinquantaine de disparus après une enquête menée dans les hôpitaux, les centres de santé et les cimetières de la ville.

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Pour confirmer ces chiffres, ASF indique que dix enquêteurs ont été déployés dans les 22 quartiers, 15 districts de la commune urbaine et certaines sous-préfectures. Pendant sept jours, ils ont rencontré les familles des victimes et recensé 147 décès, 11 disparus, de nombreux blessés ainsi que d’importants dégâts matériels : véhicules et motos incendiés, poste de police saccagé et brûlé.

ASF identifie plusieurs facteurs ayant conduit à cette tragédie :

L’usage excessif de gaz lacrymogène par les forces de sécurité sur une foule en panique.

Un mouvement de foule incontrôlé, provoquant des bousculades et des piétinements mortels.

Des jets de pierres depuis l’intérieur du stade, exacerbant la tension.

Un manque de sécurité, alors que l’événement avait une forte connotation politique.

L’absence de secours immédiats, aggravant le bilan humain.

L’ONG dénonce aussi des actes de violence extrême : des véhicules administratifs et privés auraient percuté plusieurs spectateurs, tandis que des scènes de chaos étaient signalées dans plusieurs quartiers après la tragédie.

ASF accuse également les autorités de vouloir étouffer l’affaire. Le rapport indique que des familles endeuillées ont subi des pressions pour ne pas témoigner, et que certaines victimes n’ont pas reçu les soins promis par l’État.

« Selon des informations concordantes, une sensibilisation a été menée par certaines autorités morales, religieuses et administratives pour dissuader les victimes et leurs proches de témoigner ou de s’enregistrer. Selon ces autorités, il fallait s’en remettre à Dieu. Cette réticence a empêché les enquêteurs de rencontrer l’ensemble des victimes et de recueillir tous les témoignages », souligne le rapport.

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Face à ces constats, le collectif Avocats Sans Frontières appelle à :

L’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante pour faire toute la lumière sur les événements.

L’organisation d’un procès équitable pour que justice soit rendue aux victimes.

Une prise en charge gratuite et effective des blessés.

Un accompagnement psychologique pour les familles endeuillées.

Une réforme des forces de sécurité pour éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.

L’ONG exhorte les institutions nationales et internationales à faire pression sur les autorités guinéennes pour obtenir des mesures concrètes en faveur de la vérité et de la justice.

Ce rapport accablant relance le débat sur l’impunité des forces de l’ordre en Guinée et met le gouvernement face à ses responsabilités. À quelques mois des prochaines échéances électorales, cette tragédie pourrait peser lourdement sur le climat politique et social du pays.

Foulamory Bah, pour lecourrierdeconakry.com

 

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