Coup d’Etat : Tierno Monénembo propose une transition menée par des civils

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Dans sa rubrique ”Invité Afrique” de ce mercredi matin, RFI a interrogé l’écrivain guinéen, Tierno Monénembo qui a réagit sur la situation actuelle en Guinée. Lisez !

 La chute d’Alpha Condé a été soudaine, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Oh je suis plutôt dans l’euphorie, je suis très satisfait de cette lutte, je l’espérais et c’est survenu sans surprise.

Est-ce que les gens sont soulagés à Conakry et dans toute la Guinée?

Et  oui je le sens autour de moi, même dans mon quartier moi même j’en suis soulagé parce que ce régime est devenu absolument insupportable. Les répressions avaient atteint son paroxysme, l’injuste sociale est flagrante, l’impasse institutionnelle était telle qu’on ne sait plus à quel saint se vouer. Il fallait quelqu’un pour débloquer un peu la situation.

Alpha Condé a été arrêté, nombre des présidents déchus ont quitté leur pays à des suites de coup d’État, l’ex-président Alpha Condé doit répondre à ses actes d’après vous ?

Il ne faut pas faire subir à Alpha Condé  ce qu’il a fait subir à ses opposants et à ses détenus. Il faut respecter sa vie, il faut respecter sa dignité et son honneur. Mais il faut qu’il passe devant un tribunal, un véritable tribunal. Il faut qu’il explique sur sa gestion, qu’il s’explique sur la répression sauvage qui a causé des centaines de morts depuis qu’il est au pouvoir.

On entre dans une phase de transition, quel regard vous avez de cette transition ? Comment reconstruire ?

Je regarde tout ça avec beaucoup d’inquiétude bien évidemment. Les transitions en Afrique n’ont pas toujours été heureuses, mais on est obligé d’espérer, les guinéens sont obligés d’espérer. On espère que le Colonel Doumbouya sera moins pire qu’Alpha Condé. Nous souhaitons vivement une transition brève et intelligente. Une transition ne peut pas se faire sans la société civile et sans les partis politiques. Il ne faut pas laisser tout aux militaires. Parce que ce pays est dans l’impasse totale, il faut sortir le pays de l’ornière. Je reprends les mots du Colonel lui-même, il est tant que tout le monde s’y mette pour sortir le patrie Guinée de l’ornière. C’est le moment de le faire puisqu’après c’est trop tard.  Le pays va disparaître complètement.

Tierno Monénembo si vous êtes face au Colonel Mamady qu’est-ce vous lui direz?

Je lui dirai de négocier avec toutes les forces vives de la nation, avec les partis politiques, les syndicats, la société civile et les forces religieuses, sans prendre aucune décision déterminante avant d’avoir fait le tour du débat avec toutes les forces vives de la nation. Moi je souhaite un gouvernement où le président serait civil, le premier ministre aussi, le ministre de la défense en serait militaire, les gouverneurs des différentes régions en seraient militaires, les préfets seraient civil etc.

Les militaires seuls ne pourraient rien  faire, il faut tout le monde. Si jamais le lieutenant Colonel Doumbouya arrive à réussir cela, il sera l’une des grandes figures de notre histoire. Mais s’il veut imiter Sekou Touré, Lansana Conté, Dadis, Konaté, ou Alpha Condé, il va  finir comme eux dans la boue.

Le lieutenant Colonel Doumbouya, s’est directement adressé aux industries minières, il leur a appelé à poursuivre leur activité à investir à nouveau, c’est une posture qui vous étonne ? Ou qui va dans le bon sens d’après vous ?

Moi je ne sais pas si ça va de bon sens, c’est de les rassurer. Ce sont des compagnies minières qui ont mis Alpha Condé au pouvoir. Alpha Condé a cédé des parcelles entières aux compagnies chinoises, donc il est obligé ce lieutenant Colonel de rassurer les compagnies étrangères notamment chinoises, russes, américaines ou autres pour se protéger un peu.

Sous le régime d’Alpha Condé, la liberté de parole, la liberté d’expression et la liberté de manifester ont été mises en mal, est-ce que c’est une des priorités de rétablir ces libertés ?

Absolument, regardez ses libertés et surtout regardez un système. Heureusement que le lieutenant Colonel a parlé d’absence de système. Je comprends par là d’absence d’État, d’absences d’institutions, d’absence d’une véritable armée, d’une véritable police, d’une véritable administration, d’un véritable corps diplomatique etc..  Tout cela manque. On en est là, donc il faut sortir de ça et créer un véritable État guinéen. S’il réussi à le faire, alors là je t’applaudis.

Propos recueillis par RFI 

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