En Guinée, les renseignements généraux de l’armée ont convoqué un journaliste après la parution d’un article les incriminant un haut gradé dans une affaire de vol. Dans un contexte où sept reporters ont été agressés en seulement deux semaines, Reporters sans frontières (RSF) dénonce cette convocation et demande une meilleure protection des journalistes.

Directeur de publication du site d’information Mosaiqueguinee.com, Mohamed Bangoura n’a pas caché sa surprise quand, le 5 août 2022, il a été informé qu’un groupe de militaires s’était rendu à sa rédaction pour lui ordonner de se présenter à la direction des renseignements militaires.

En cause, la publication par le site d’un article faisant état de l’implication de l’armée dans la disparition d’un camion contenant des médicaments dans un camp militaire. Soutenu par le syndicat des professionnels de la presse de Guinée (SPPG), le journaliste a confirmé à RSF avoir refusé de dévoiler sa source d’information aux militaires. L’affaire a finalement été tranchée devant l’organe de régulation des médias, la Haute autorité de la communication (HAC).

“La convocation de ce journaliste dans un camp militaire est injustifiable dans un pays où l’instance de régulation des médias et les tribunaux fonctionnent normalement, déclare Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF. Nous saluons la forte mobilisation des acteurs de la presse pour empêcher une telle violation et appelons les autorités, qui s’étaient pourtant engagées à promouvoir la liberté de la presse, à protéger les journalistes, dont au moins sept ont été attaqués en moins de deux semaines par des forces de sécurité et des manifestants. Ces actes ne doivent pas rester impunis.”

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En moins d’un an, Mohamed Bangoura est le deuxième journaliste à être convoqué par l’armée après la publication d’un article de presse. En septembre 2021, le journaliste Ibrahima Sory Diallo du site d’information laguinée.info, a été convoqué par l’armée pour “une séance de travail”, selon Sékou Jamal Pendessa, secrétaire général du SPPG. Il déclare à RSF : “Les militaires n’ont même pas donné les raisons de cette convocation malgré notre insistance. Nous leur avons répondu que le journaliste n’irait pas dans un camp. Ils pouvaient saisir la HAC ou les tribunaux s’ils lui reprochaient quelque chose.”

Agression de sept journalistes en deux semaines

Depuis le 28 juillet, sept journalistes ont été inquiétés, attaqués ou agressés par des éléments des forces de l’ordre et des manifestants. Le 17 août, un journaliste du site d’information Guineematin.com qui couvrait une manifestation pacifique de Conakry a été interrogé deux fois par des militaires qui ont également confisqué son téléphone.

Le 4 août, le journaliste Mamadou Hady Diallo de Djoma Kakande a été attaqué par les forces de l’ordre pendant qu’il couvrait une manifestation des travailleurs d’une société minière au nord-ouest du pays. Le même jour, Mamoudou Boullere Diallo d’Espace TV  a aussi été agressé par des militaires positionnés sur une grande avenue de la capitale Conakry.

Quatre autres journalistes, Abdallah Camara et Mohamed Sangaré du groupe Evasion Guinée, Algassimou Baldé du groupe Djoma médias ont été agressés par des participants le 28 juillet alors qu’ils couvraient des manifestations à Conakry. Mamadou Bhoye Laafa Sow, journaliste pour le site d’information Guineematin.com, a été roué de coups par un groupe de manifestants le même jour, et menacé par des militaires le lendemain, alors qu’il couvrait une autre manifestation.

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La Guinée occupe le 84e rang sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2022.

Ibrahima Foulamory Bah

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