Accueil Reportage N’zérékoré : le cauchemar des 1600 travailleurs de la société chinoise  Forêt forte

N’zérékoré : le cauchemar des 1600 travailleurs de la société chinoise  Forêt forte

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L'usine Forêt Forte, vue de l'interieur

Un bas salaire, heures supplémentaires non payées,  longues journées de travail, les mauvaises conditions de sécurité et vie misérable. Voilà le constat que l’on peut faire au sein de cette entreprise chinoise de bois évoluant dans la région de N’Zérékoré. Les autorités locales sont muettes sur cet état de fait et aucun des travailleurs n’ose dénoncer au risque de perdre son emploi. Cette Société chinoise est détentrice d’un contrat d’exploitation et de transformation industrielle du bois  produit une gamme de produits finis et semi-finis notamment les contreplaqués et les placages qui approvisionnent le marché local et sous régional.

Après une longue journée de travail, les employés sont transportés dans un camion jaune qui ne répond à aucune norme de transport en commun.  Dans ce camion, je rencontre M .C,  menuisier de profession, marié de deux épouses et père de 5 enfants, l’ère fatigué, il s’alarme sur leurs conditions de travail, en ces termes : « Mon frère, c’est parce qu’il n’y a pas de travail dans ce pays que nous travaillons ici. On travaille comme des machines. Pour quel argent ? 300 mille francs guinéen le mois. Tu trouves ça humains ? On n’a même pas une bonne heure de repos. C’est dans nos salaires on fait tout. »

Mme B.T parle de la situation de son cousin qui travaillait dans cette société mais, qui aujourd’hui, est devenu manchot suite à un accident de travail. Car dit-elle les  mesures de sécurité manquent pour les travailleurs. Du coup ils sont exposés à tous genres d’accidents. « Mon cousin travaillait à la scierie. Un jour, il a  fait une manœuvre de somnambule et sa main est restée  coincée dans la machine et  c’est son cri qui nous alerta. Apres,  il a reçu des soins momentanément et il a été remercié sans dédommagement. Puisqu’il n’est plus valide, ils ont préféré se passer de lui. Ça se passe comme ça ici chaque fois. Personne n’ose lever la voie, » a-t-elle souligné.

Et M.  F.G, renchérit en ces mots : « Les travailleurs sont considérés comme des animaux. Il n’y a pas de gants, de bavettes ni bottes. Nous travaillons dans un risque grave. Il y a des produits toxiques que nous respirons sans la moindre protection. Si tu  tombes malade on s’en fou de toi. Et quand tu prends une journée de congé, on réduit dans ton salaire. On est vraiment considéré comme des animaux. »

  1. M. travaille à la section Export de l’usine. Il y a quelques semaines, il a été suspendu pour avoir porté secours à un de ses collègues qui a perdu ses quatre doigts dans une machine broyeuse. Le souvenir de ses moments difficiles reste douloureux.

« C’est de l’animosité ici. Quand mon ami  a été victime de cet accident, j’ai arrêté mes travaux pour le conduire au service des soins. Ce jour-là, le superviseur m’a crié dessus et m’a accusé d’abandon de poste. Voilà comment j’ai été suspendu et privé du salaire normal », a-t-il témoigné les  larmes aux yeux.

Même si le la société chinoise s’est récemment engagée à améliorer la situation, la violation  du droit de  travail  persiste et le quotidien des employés a légèrement changé. Dans l’usine, la durée de  travail a connu un léger changement  mais les conditions de travail actuelles ne sont pas en général  meilleures.

 « Il y a certains qui prennent 300 à 600 mille franc par mois. Récemment ils ont décidés d’augmenter le salaire à 5% mais cela ne veut rien dire. Nous souffrons énormément. Même à la fin des heures de travail, ils nous fouillent systématiquement à la sortie de l’usine », témoigne M. T.P, ouvrier.

 Pourtant, un syndicat des travailleurs a été mis sur pied depuis la reprise des activités en 2014 dans cette unité industrielle. Mais il est presque inexistant. La violation des droits du travail persiste et personne ne lève le ton pour mettre fin  à cette problématique. Pour l’un des responsables du syndicat, il est dangereux de conduire un mouvement de révolte dans cette unité. « Nous sommes conscients de ce qui se passe ici. L’on se rappelle en 2013, on a tenté de rentrer en grève mais certains du syndicat se sont vus viré sans préavis. Moi je suis syndicaliste, mais je ne pense plus être  à la tête d’un  quelconque mouvement. Personne ne veux se voir expulsé », déclare-t-il.

Face à cette situation, les responsables de ladite société n’ont pas souhaité communiquer sur cette affaire. Selon les  travailleurs, leur revendication auprès des autorités administratives reste toujours lettre morte. Les employés ne savent plus à quel saint se vouer.

Une enquête d’ Alexis Kolié, correspondant à N’Zérékoré

 

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