La commune rurale de Didi, dans la préfecture de Siguiri, traverse une zone de turbulences administratives. Le président de la délégation spéciale, Karamo Touré, a été suspendu de ses fonctions, a annoncé le préfet de Siguiri, Colonel Ibrahima Douramoudou Keïta, ce mardi 15 juillet 2025. La décision a été rendue publique lors d’une réunion officielle à la Maison des jeunes de Siguiri, en présence des sous-préfets, des présidents des délégations spéciales et des chefs de district.
Initialement, la rencontre préfectorale visait à rappeler l’urgence de l’application du communiqué conjoint des ministères des Mines et de l’Environnement pour exiger une lutte renforcée contre l’exploitation minière illégale. Mais c’est en marge de cette réunion que le préfet a déclaré, à la surprise générale, la suspension de Karamo Touré.
Fait troublant, aucun motif précis n’a été évoqué publiquement. Ni faute administrative, ni plainte formelle, ni dysfonctionnement notifié. Le préfet s’est contenté d’ordonner au sous-préfet de Didi de superviser la passation de service entre Karamo Touré et son vice-président, Ousmane Camara, désormais chargé de l’intérim.
La mesure suscite de nombreuses interrogations dans la localité. Selon plusieurs sources, cette suspension pourrait être liée à des tensions internes au sein de la délégation spéciale, mais également à des rivalités communautaires anciennes, notamment entre les familles Touré et Camara.
Une décision motivée par un rejet populaire, selon le préfet
Contacté par notre correspondant, le préfet de Siguiri, Colonel Douramoudou Kéita, a justifié cette décision par le manque de popularité de Karamo Touré auprès des habitants de Didi :
« Bien sûr, les préfets ont un œil sur les présidents de délégations spéciales et les présidents de districts. Celui qui ne fait pas l’affaire de la population, qui ne fait pas l’affaire du Général Mamadi Doumbouya, on est obligé de faire le rapport et de le remonter. S’il y a des bavures ici et là, avant qu’il ne soit trop tard, on agit. On a prêté serment de ne pas trahir. »
Sur les raisons précises de la suspension, le préfet a été direct :
« Il n’est pas aimé par la population. Elle a écrit deux ou trois fois. Une inspection a été envoyée. Résultat : il n’est pas connu, il n’est pas accepté. Il faut nommer quelqu’un que la population apprécie. »
Joint également au téléphone, Karamo Touré a confirmé sa suspension :
« Oui, malheureusement, c’est vrai. Le préfet m’a convoqué ce matin à son bureau. J’y suis allé avec mon vice-président. Il m’a dit : “Monsieur le président de la délégation spéciale, je vous suspends jusqu’à nouvel ordre. Votre vice-président vous remplace provisoirement.” Je lui ai demandé la raison, il m’a répondu que le chef du village avait écrit pour dire qu’il ne voulait plus de moi. »
D’autres voix dans la commune évoquent en effet une stratégie d’éviction orchestrée par des membres influents proches du chef du village, qui entretiendrait une proximité affichée avec Ousmane Camara, le remplaçant.
La zone de Didi est également connue pour ses activités aurifères artisanales, souvent illégales et destructrices. Déforestation, pollution des eaux, insécurité : les conséquences de l’orpaillage anarchique sont visibles et préoccupantes.
Le communiqué gouvernemental, qui exige une répression accrue, pourrait aussi expliquer cette décision de suspension, perçue par certains comme un signal politique ou une sanction préventive contre des autorités locales jugées passives.
« Il n’est pas exclu que le président ait été accusé, à tort ou à raison, de laxisme face à l’orpaillage. Mais sans preuve ni communication transparente, c’est la confusion totale », estime un agent administratif à Siguiri.
Une gouvernance locale fragilisée
Entre flou administratif, règlements de comptes communautaires et enjeux liés à la gestion des ressources minières, la commune de Didi est plongée dans l’incertitude. La crise de confiance entre la population et les autorités locales s’approfondit, alimentée par le manque de transparence autour des décisions préfectorales.
Il faut rappeler que c’est l’ arrêté lu ce vendredi 12 avril 2024 à signé du ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, le Général Elhadj Ibrahima Kalil Condé qui a nommé les des membres de la délégation spéciale des régions administratives de Kankan et de Kindia.
La destitution d’un président de délégation spéciale par un préfet, démontre la fragilité de cette fonction dans un contexte de transition.
Que dit le code des collectivités locales?
SECTION 4 : Démission et dissolution du conseil communal
Article 100 : Le Conseil communal ne peut être dissout qu’en vertu de l’article 80 de la présente loi.
Article 101 : En cas de dissolution du Conseil communal ou de démission de tous ses membres en exercice, ou en cas d’annulation devenue définitive de l’élection de tous ses membres, ou lorsque des élections communales ne peuvent être tenues par suite de troubles graves empêchant le fonctionnement, une délégation spéciale remplit les fonctions du conseil.
Article 102 : Les membres de la délégation spéciale sont nommés par arrêté du Ministre en charge des collectivités locales, sur proposition du représentant de l’Etat dans la collectivité locale concernée parmi les citoyens résidents de la localité dans un délai de 8 jours, à compter de la dissolution définitive du Conseil, de l’acceptation de la démission ou de la constatation de l’impossibilité de tenir les élections, conformément aux dispositions de l’article 101 de la présente loi.
Le président et le vice-président sont désignés par le même arrêté du Ministre.
Le président, ou à défaut le vice-président, remplit les fonctions de l’autorité exécutive. Ses pouvoirs prennent fin dès l’installation du nouveau Conseil.
Article 103 : Le nombre des membres qui composent la délégation spéciale est fixé à sept (7) dans les communes où la population ne dépasse pas 40 000 habitants.
Ce nombre peut être porté jusqu’à onze (11) dans les communes d’une population supérieure.
Article 104: Les pouvoirs de la délégation spéciale sont limités aux actes de pure administration courante.
La délégation spéciale ne peut engager les finances de la commune au-delà des ressources disponibles de l’exercice courant, sauf lorsque son mandat débuté durant le cours d’un exercice se termine durant l’exercice suivant.
Lorsque le mandat d’une délégation spéciale s’étend sur plus d’un exercice budgétaire, elle est alors autorisée à engager les finances de la commune à raison d’un douzième (1/12) des prévisions budgétaires de l’exercice durant lequel elle a débuté son mandat, pour chaque mois ou portion de mois durant lequel son mandat s’étend sur l’exercice suivant.
Elle ne peut ni préparer le budget de la commune, ni examiner les comptes de l’ordonnateur ou du receveur, ni modifier le personnel de la collectivité, leur affectation, leur rémunération ou leurs conditions de travail.
Article 105: Lorsque le Conseil communal a été dissout ou que, par application de l’article 103, une délégation spéciale a été nommée, il est procédé à l’élection d’un nouveau Conseil communal dans les six mois, à compter de la dissolution ou de la dernière démission, à moins que l’on ne se trouve dans les trois (3) mois qui précèdent le renouvellement général des Conseils communaux dans l’impossibilité de tenir des élections à l’expiration de ce délai.
De Siguiri, Karifa Lonkassia Kourouma pour lecourierdeconakry.com









