Dans une publication sur page officielle, Monique Curtis, ancienne journaliste du groupe de presse Le Lynx-Lance, a tenu à rendre hommage au doyen Diallo Souleymane décédé récemment au Canada. Lisez !
‘’Aujourd’hui, je voudrais rendre hommage à Monsieur Diallo Souleymane, fondateur du groupe de presse Le Lynx-La Lance, cet homme dont l’œuvre a façonné plusieurs générations de journalistes guinéens, et dont je suis, modestement, l’une des héritières.
Mon arrivée au Lynx tient presque du concours de circonstances et de la bienveillance des aînés. À l’époque, je rêvais de devenir journaliste. Mon oncle Thomas Curtis, membre du Rotary Club, me mit en relation avec son ami, feu Al Mamy Barry. Celui-ci me présenta à son tour à Ben Youssouf Barry, plus connu sous le nom de Ben Oscar Barry. C’est ainsi qu’un matin, sans vraiment savoir que ma vie allait changer, je franchis les portes du Lynx.
L’accueil fut rapide. Le test aussi.
Avec un autre candidat, nous fûmes soumis à une épreuve d’écriture manuscrite. Je devais raconter une journée à l’Université Gamal Abdel Nasser, au moment où les dortoirs venaient d’être détruits par celui que Le Lynx, avec son humour mordant, avait rebaptisé « Dekazi Bête ». Ce fut mon premier contact avec ce journal qui ne ressemblait à aucun autre.
Au Lynx, je n’ai pas seulement appris à rédiger un article ou à mener un reportage. J’y ai appris les fondamentaux du métier : la rigueur, l’indépendance d’esprit, le sens critique, le respect des faits et, surtout, la nécessité de maintenir une saine distance entre le journaliste et le pouvoir.
La rédaction était une véritable école. Une école de journalisme, certes, mais aussi une école de citoyenneté. On y apprenait à observer, à questionner, à douter et parfois même à résister.
Des années plus tard, lorsque j’ai lancé mon propre journal, La Guinéenne, je suis allée voir Diallo Souleymane, le gros, pour lui annoncer la nouvelle et demander sa bénédiction.
Je n’ai pas oublié sa réaction.
Il m’a regardée puis m’a lancé cette phrase simple :
« Les publi-reportages non déclarés tuent les journaux. »
Sur le moment, j’ai entendu le conseil du professionnel. Avec le temps, j’en ai compris toute la portée.
J’ai vu des médias perdre leur crédibilité pour avoir brouillé la frontière entre information et publicité. J’ai vu des journaux s’affaiblir, puis disparaître. Et chaque fois, cette phrase me revenait à l’esprit.
Diallo Souleymane n’était pas seulement un patron de presse. Il était un bâtisseur. Un homme qui a contribué à ancrer la liberté de la presse dans le paysage guinéen et qui a ouvert les portes de cette profession à de nombreux jeunes.
Grâce à lui, j’ai rencontré des journalistes exceptionnels, guinéens, africains et internationaux. Nos chemins se sont d’ailleurs recroisés bien des années après mon départ du Lynx, dans différentes organisations professionnelles de presse et d’éditeurs francophones.
Je crois qu’il était fier de savoir que j’étais passée par son école.
Mais aujourd’hui, c’est moi qui revendique cette filiation avec gratitude.
Merci pour les épreuves.
Merci pour les leçons de journalisme.
Merci pour les leçons de vie.
Merci d’avoir démontré qu’il était possible de faire de la presse avec du courage, de l’humour et de la dignité.
Que le Tout-Puissant lui accorde Sa miséricorde infinie.
Et que la Guinée continue de reconnaître en Diallo Souleymane l’un des grands artisans de son histoire médiatique. Son œuvre demeure. Ses enseignements aussi.
J’adresse mes sincères condoléances à sa famille biologique, qui n’a pas encore fini de pleurer son fils aîné Mohamed et qui se trouve aujourd’hui frappée par une nouvelle épreuve.
J’adresse également mes pensées à sa famille professionnelle, à la famille du lynx, les ainés du zoulouland, les honkeurs et honkeuses, le panier à crabe, à tous ceux qui ont partagé avec lui les combats, les espoirs et les exigences du métier de journaliste.
Enfin, j’adresse mes condoléances à la Guinée tout entière, qui perd en Diallo Souleymane l’un de ses fils les plus dignes, un homme de conviction, de courage et de liberté.
Que son âme repose en paix. Voir moins’’.









