Le projet Simandou va générer une manne financière importante, Oui! c’est une évidence. Mais la vraie question n’est pas combien. C’est pour qui, et comment.
À mon sens le débat se trompe de cible. On parle des milliards de tonnes de fer. On parle des trains, du port, des infrastructures géantes. Mais une mine qui enrichit le pays sans toucher le ménage de Beyla, de Kerouane ou de Maferinyah, c’est une promesse qui passe au-dessus des têtes. La richesse qui ne redescend pas n’est pas de la richesse. C’est un chiffre. Et c’est exactement là que se joue la bataille la plus importante. Pas l’extraction. La redistribution.
La Guinée a déjà construit le mécanisme qui relie les deux. Le FNDL et le FODEL ne sont pas des sigles administratifs de plus. C’est le circuit par lequel une ressource nationale redescend jusqu’au village. Le Fonds de Développement Economique Local (FODEL) prélève sur l’activité minière et le réinjecte dans les collectivités décentralisées qui vivent à côté des sites miniers. Le Fonds National de Développement Local (FNDL), quant à lui, irrigue les 362 collectivités décentralisées du pays, pas seulement celles qui ont la chance d’avoir un gisement sous leurs pieds. L’un répare la proximité. L’autre répare l’équité. Ensemble, ils font le travail qu’aucune mine ne fait spontanément.
Parce qu’une mine ne redistribue jamais d’elle-même. Laissée seule, elle enrichit un couloir et appauvrit le reste. Le minerai sort par le sud-est, l’argent sort par Conakry, et entre les deux le territoire reste à sec. C’est la malédiction qu’on connaît partout ailleurs. La nôtre, on a choisi de la désamorcer par un mécanisme, pas par un discours.
Et le mécanisme se voit au sol. Ce ne sont pas des lignes de budget abstraites. C’est un poste de santé qui ouvre dans une commune qui n’en avait pas. C’est une salle de classe, un forage, une piste qui sort un marché ou une zone de production agricole de l’enclavement, un microprojet porté par un GIE de femmes. Des centaines de microprojets, financés là où les gens vivent, décidés par ceux qui y vivent. Le ménage ne touche pas la manne du fer. Il touche l’eau, l’école, le dispensaire que cette manne a permis de financer. C’est ça, la redistribution territoriale et sociale. Pas un transfert d’argent. Un transfert de capacité.
Je veux être juste. Le dispositif n’est pas parfait et tout n’est pas acquis. La maîtrise d’ouvrage communale se construit encore avec ces nouveaux élus , les capacités s’installent commune par commune. Mais la logique, elle, est la bonne. On ne distribue pas du cash qui se dilue. On finance des investissements qui restent.
Le projet Simandou sera jugé sur une chose. Pas sur le tonnage exporté. Sur ce qui aura changé dans la vie du ménage le plus éloigné du gisement. Le FNDL et le FODEL sont précisément les outils faits pour ça : transformer une rente qui s’épuise en équipements qui durent.
La manne du fer finira par baisser. Une école, un forage, une route, ça reste.
On a le minerai. On a le circuit. Reste à décider qu’aucun ménage ne reste sur le quai.
Le minerai partira. La seule question qui compte : qu’aura-t-il laissé derrière lui ? À nous d’écrire ensemble la réponse.
Abraham Youla
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