Le Médecin-Colonel Damany Keita est chirurgien des hôpitaux militaires, enseignant-chercheur à la Faculté de médecine et responsable de la division logistique du service de santé des armées. Il se distingue par ses contributions scientifiques visant à adapter les soins chirurgicaux aux contextes guinéens.
Dans un entretien exclusif accordé à un reporter du Courrier de Conakry, le Médecin-Colonel Damany Keita explique comment ses innovations médicales ont changé la vie de plusieurs concitoyens en leur évitant l’amputation des membres inférieurs.

Lors de la 5e édition du SADEN, on vous a vu présenter un dispositif médical innovant. Pouvez-vous nous expliquer en quoi il consiste ?
Ce dispositif est le fruit de près de vingt ans de recherche. À l’époque, nous étions confrontés à de nombreux traumatismes ouverts de jambe qui aboutissaient souvent à des amputations. Connaissant les principes du fixateur externe, nous avons travaillé avec des soudeurs pour concevoir un premier modèle. Cet appareil, appelé appareil de fixation externe et de traction continue, se compose de deux parties principales : un étrier et une barre de longueur. Les broches fixées au niveau de la cheville et du tibia permettent la traction et la stabilisation.
Comment avez-vous amélioré ce premier modèle ?
Nous avons remplacé la corde initiale par un tendeur, ce qui a donné naissance au deuxième modèle. Puis, pour résoudre les difficultés de correction secondaire, nous avons ajouté un deuxième tendeur, créant ainsi le troisième modèle. Ces évolutions ont convaincu la communauté scientifique internationale. Nos travaux ont été publiés dans des revues spécialisées et présentés dans de grands congrès, notamment au Kosovo, où nous avons été nommés pour le prix du meilleur poster.

Vous évoquez un dernier modèle. De quoi s’agit-il ?
Ce modèle est conçu pour être utilisé directement dans les ambulances. Contrairement aux modèles précédents, il ne nécessite pas d’intervention chirurgicale immédiate. Les chauffeurs et ambulanciers peuvent être formés à son utilisation pour immobiliser efficacement les traumatismes du membre inférieur, de la hanche jusqu’aux fractures distales de la jambe. Cela facilite le transport des blessés et peut même servir de traitement local dans certaines situations.
Concrètement, quel impact ces appareils ont-ils eu sur le terrain ?
Ils ont permis de sauver de nombreux patients de l’amputation. Nos publications montrent que nous avons traité des cas très graves, souvent au stade 3 de la classification de Cauchois et Anderson. Je peux citer l’exemple d’un collègue, le célèbre A.O.B., qui a évité l’amputation grâce à notre dispositif. Aujourd’hui, 80 % des bénéficiaires sont des civils, dans le cadre de la coopération civilo-militaire.
Tout le monde a-t-il accès à ces appareils ?
Oui, tout le monde y a accès. Bien sûr, il y a un coût, mais il reste bien inférieur à celui des fixateurs externes classiques, qui pouvaient atteindre 800 000 francs. Avec notre dispositif, il suffit de deux broches et d’une anesthésie pour sauver un membre.
Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités et à la population ?
Nous plaidons pour la complémentarité plutôt que la compétition. Ces appareils doivent être considérés comme une méthode d’approche physique adaptée aux conditions difficiles, que ce soit en camp militaire ou dans des zones isolées. Nous espérons un accompagnement institutionnel pour que ce modèle soit intégré dans toutes les ambulances. C’est un véritable bijou pour la médecine militaire et civile.
Propos recueillis par Ibrahima Soya






