Ce vendredi 17 juillet, la dixième législature effectuera sa première session inaugurale au palais du peuple. Après l’installation des 147 nouveaux députés, l’on saura le nom de la personne qui dirigera le perchoir de la 5ème République. Mais en attendant, la rédaction du Courrier de Conakry fait une rétrospective du parlement guinéen.
Depuis l’indépendance de 1958, le pouvoir législatif guinéen a oscillé entre sessions ordinaires de partis dominants et suspensions brutales par des comités militaires, voyant défiler dix législatures et neuf présidents au Palais du Peuple.
Voici une grande rétrospective de l’évolution de cette institution clé et des hommes qui l’ont incarnée.
L’ère du monolithisme politique (1958 – 1984) : Le parti-État
Au lendemain du « Non » historique de septembre 1958, la Guinée fonde son Assemblée nationale. Durant cette Première République, le pouvoir législatif fusionne intimement avec le Parti Démocratique de Guinée (PDG) d’Ahmed Sékou Touré.
- El Hadj Saïfoulaye Diallo (1958 – 1963) : Compagnon de la première heure de l’indépendance, il pose les bases administratives de la première Assemblée constituante.
- Léon Maka (1963 – 1984) : Recordman absolu de longévité au perchoir, il dirige l’institution (devenue Assemblée populaire nationale) pendant plus de deux décennies. Sous sa direction, les députés votent les lois d’un régime à parti unique strict, jusqu’au coup d’État militaire d’avril 1984 qui dissout la Vème législature.
Le pluralisme de façade et les dauphins constitutionnels (1995 – 2008)
Après une décennie de transition militaire matérialisée par un Conseil intérimaire sous la direction d’El Hadj Saïdou Diallo, le multipartisme fait son entrée officielle en 1995.
- El Hadj Boubacar Biro Diallo (1995 – 2002) : Il préside la VIème législature, la première de l’ère pluraliste. Malgré la domination du parti présidentiel (PUP), le Palais du Peuple résonne pour la première fois des voix discordantes de l’opposition.
- El Hadj Aboubacar Somparé (2002 – 2008) : Figure centrale de la VIIème législature. En tant que président de l’Assemblée nationale, il est désigné par la Loi fondamentale comme le successeur par intérim du chef de l’État en cas de vacance. Le 22 décembre 2008, à la mort de Lansana Conté, c’est lui qui doit constitutionnellement prendre les rênes du pays, avant d’en être empêché par le putsch du capitaine Moussa Dadis Camara.
La décennie Condé : Entre tensions et boycotts (2014 – 2021)
Il faudra attendre 2014 pour qu’un Parlement légitime soit réinstallé après la transition menée par la figure syndicale Rabiatou Serah Diallo (présidente du CNT en 2010).
- Claude Kory Kondiano (2014 – 2020) : Élu à la tête de la VIIIème législature, il fait face à une Assemblée hautement polarisée entre la mouvance présidentielle (RPG) et l’opposition républicaine (UFDG), marquée par d’intenses crises politiques de rue.
- Amadou Damaro Camara (2020 – 2021) : Sa IXème législature naît d’un double scrutin (législatif et constitutionnel) très contesté et boycotté par les principaux partis d’opposition. Son mandat au perchoir tourne court : le 5 septembre 2021, les forces spéciales renversent le pouvoir civil et dissolvent l’institution.
Les transitions parlementaires : Les gardiens du CNT
Chaque interruption constitutionnelle a vu naître un Conseil National de la Transition (CNT) faisant office de législateur provisoire. Le dernier en date, dirigé par l’activiste de la société civile Dansa Kourouma (2022 – 2026), a eu la lourde charge de rédiger la Constitution de la Ve République et de poser les jalons du nouveau système institutionnel guinéen.
2026 : Le grand tournant du bicaméralisme
L’installation de la Xème législature marque une rupture définitive avec le passé monocaméral de la Guinée. En application de la nouvelle Constitution, le Parlement guinéen s’est réorganisé autour de deux chambres : l’Assemblée nationale renforcée (147 députés) et un tout nouveau Sénat, garant de la représentation des territoires.
Malgré l’absence des forces politiques traditionnelles dissoutes ou en retrait, ce nouveau Parlement écrit une page inédite de l’architecture institutionnelle du pays, cherchant à s’extirper définitivement des cycles de fragilité constitutionnelle qui ont jalonné son histoire.
LCC






