À la suite des célébrations officielles du 68e anniversaire de l’accession de la Guinée à l’indépendance, le président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, a accordé une grâce présidentielle à plus de 200 prisonniers. Ce décret a été lu dans la soirée du vendredi 2 octobre à la télévision nationale (RTG). Parmi les bénéficiaires figure l’opposant politique Mamadou Aliou Bah. Toutefois, cette grâce reste conditionnée par le suivi obligatoire d’un stage d’encadrement de 45 jours.
Pour rappel, le président du Mouvement Démocratique Libéral (MoDeL) avait été condamné par la justice guinéenne en janvier 2025 à deux ans de prison ferme pour « offense et diffamation contre le chef de l’État ». Malgré un arrêt de la Cour de justice de la Cédéao exigeant sa libération immédiate et inconditionnelle, Aliou Bah est resté détenu, purgeant sa peine successivement à la Maison centrale de Conakry puis à la prison civile de Coyah. C’est finalement à seulement trois mois du terme de sa condamnation que le Général Mamadi Doumbouya a choisi de lui accorder cette grâce.
À la suite de cette annonce, la formation politique dirigée par Aliou Bah a publié un communiqué officiel pour acter la décision tout en invitant ses partisans au calme :
« Le MoDeL prend acte de la décision accordant une grâce présidentielle à son Président, M. Aliou Bah, après près de 22 mois de détention, ouvrant ainsi la voie à son retour auprès de sa famille, de ses proches et de ses concitoyens. Le parti accueille cette évolution avec sérénité et lucidité. Il appelle ses militants, sympathisants et l’ensemble des citoyens à faire preuve de retenue et de responsabilité. »
La direction du parti a précisé qu’elle tiendrait l’opinion publique régulièrement informée du déroulement effectif du processus de libération de son leader.
Le texte souligne clairement que cette grâce n’équivaut pas à une libération immédiate sans contrepartie. L’article 2 dispose ainsi que : « Le bénéfice de la grâce accordée par le présent décret est subordonné à l’accomplissement d’un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion d’une durée de 45 jours. »
Le document stipule également que les modalités de ces sessions seront fixées par un arrêté conjoint du ministre chargé de la Justice et du ministre chargé de la Défense nationale. Enfin, l’article 3 charge le garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, de l’exécution du décret.
En quoi va consister ce stage d’encadrement ?
Cette mesure est une première en Guinée. Elle fait office de passerelle obligatoire entre l’univers carcéral et le retour à la liberté totale. Bien que l’organisation finale dépende de l’arrêté conjoint de la Justice et de la Défense, le programme s’articulera autour de trois grands axes :
L’éducation civique et le renforcement patriotique : Les bénéficiaires suivront une formation intensive sur les valeurs de la République, le civisme et les institutions de l’État. Supervisé par les autorités — notamment militaires —, ce volet vise à inculquer une discipline citoyenne afin de prévenir la récidive.
L’accompagnement à la réinsertion socioprofessionnelle : Ce volet prépare le retour à la vie active à travers des bilans de compétences, des ateliers d’orientation professionnelle ou des initiations à des métiers pratiques, doublés d’un soutien psychologique pour faciliter la reconnexion familiale.
Une condition stricte de libération : Le parcours n’est pas optionnel. La libération physique des 217 graciés reste suspendue à la validation de ces 45 jours. Les détenus quittent leur cellule pour rejoindre un centre d’encadrement dédié. En cas de non-respect des règles ou d’abandon, le bénéfice de la grâce présidentielle pourra leur être retiré.
Le régime Mamadi Doumbouya utilise déjà des formats similaires de formations civilo-militaires de 45 jours au sein de ses centres d’instruction, notamment pour l’intégration des nouveaux fonctionnaires de l’État.
Ibrahima Soya







