Le vendredi dernier, le procès de l’ex-magistrat Algassimou Diallo a à peine démarré qu’il a été reporté sine die en raison de l’absence de ses avocats. Ce collectif a décidé de boycotter l’audience du jour parce que sa demande de récusation a été rejetée par la Cour suprême. Suite à ce bras de fer entre les parties prenantes, le ministère public a publié ce dimanche 18 octobre, à la télévision nationale, un communiqué pour apporter des précisions sur la procédure de cette affaire qui concerne l’ancien procureur du tribunal de première instance de Dixinn.
Dans son communiqué, le parquet revient successivement sur les différentes étapes de la procédure : de la révocation à la comparution de M. Diallo, en passant par son inculpation. Le ministère public estime que les droits de l’accusé sont respectés. Cela, bien que celui-ci ait été déféré avant le début du procès à la prison de Macenta, située à 925 km de la capitale Conakry. Le parquet reconnaît que la suspension de la participation de la défense relève du libre choix, et se montre ouvert à toutes les démarches utiles auprès des conseils de l’accusé afin que le débat puisse se poursuivre sereinement.
Voir ci-dessous le communiqué intégral du ministère public
Le Parquet Général près la Cour suprême informe l’opinion nationale et internationale des étapes de la procédure en cours devant la Cour suprême contre monsieur Algassimou Diallo, ancien magistrat.
- Sur sa révocation par le Conseil supérieur de la magistrature
Le Conseil supérieur de la magistrature, siégeant en formation disciplinaire le 20 août 2026, a prononcé la révocation de monsieur Algassimou Diallo pour manquements graves aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse et à la dignité de la profession de magistrat.
- Sur l’autorisation de poursuite pénale
Conformément aux dispositions combinées de la loi organique L/2013/054/CNT du 17 mai 2013 portant statut des magistrats et de la loi organique L/2025/037/CNT du 21 novembre 2025 portant attribution, organisation et fonctionnement de la Cour suprême, le Bureau de la Cour a, par décision numéro 17 du 26 août 2026, autorisé l’engagement de poursuites pénales contre l’intéressé.
- Sur l’inculpation
Par réquisitoire en date du 27 août 2026, le Procureur Général a saisi le président de la Première chambre pénale en vue de l’ouverture d’une instruction préparatoire contre monsieur Algassimou Diallo pour les chefs d’infraction de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence, et de participation à une association de malfaiteurs, faits prévus et punis par les articles 963, 313, 784 et 785 du Code pénal. L’inculpé a bénéficié de l’assistance de son collectif d’avocats. Au terme de l’information judiciaire, le magistrat instructeur a, le 3 septembre 2026, rendu une ordonnance de renvoi de monsieur Algassimou Diallo devant les chambres réunies de la Cour suprême.
- Sur la comparution devant les chambres réunies
Monsieur Algassimou Diallo a comparu à plusieurs reprises devant la juridiction de jugement assisté de ses avocats.
- Sur les incidents de procédure et la suspension de la participation de la défense
Les avocats de la défense ont soulevé deux incidents, à savoir une demande de récusation de trois magistrats de la composition des chambres réunies et une demande d’annulation de l’ordonnance de renvoi. Après les débats contradictoires, les chambres réunies ont, le 15 octobre 2026, rejeté ces deux demandes comme non fondées. À la suite de cette décision, les avocats de l’accusé ont indiqué suspendre leur participation au procès jusqu’à nouvel ordre. Aussi, le Parquet Général tient-il à faire savoir que la procédure a été conduite dans le respect des textes en vigueur et des droits de la défense.
En effet, la décision sur les incidents a été rendue par la juridiction compétente à l’issue de débats contradictoires. La suspension de participation de la défense relève du libre choix de celle-ci. Monsieur Algassimou Diallo bénéficie de la présomption d’innocence et ce, jusqu’à ce qu’une décision définitive soit rendue conformément à la législation en vigueur. Le Parquet Général se tient disponible pour toutes démarches utiles auprès des conseils de l’accusé afin que le débat puisse se poursuivre sereinement. Il reconnaît à la défense le libre exercice de ses droits et de ses choix. Toutefois, il rappelle que l’exigence d’une justice rendue dans un délai raisonnable profite à toutes les parties, y compris à l’accusé. Le Parquet Général termine en réaffirmant son attachement à l’indépendance de la justice, à l’égalité de tous devant la loi et à la tenue d’un procès équitable.








