Les vérités de Sékou Koureissy Condé : la crise gambienne, le 3e mandat et le lynchage populaire

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Par guineenews AB– Invité de la radio Lynx FM, l’ancien médiateur de la république, Dr Sékou Koureissy Condé, et acteur de la société civile, a évoqué des sujets brûlants de l’heure.

La prouesse diplomatique du président Alpha Condé en Gambie

« On n’apprécie pas seulement que la prouesse diplomatique du professeur Alpha Condé en Gambie. N’oublions pas également son succès diplomatique en Guinée Bissau. Pour nous, qui voyageons souvent, la Guinée a retrouvé aujourd’hui sa place et son image sur la scène internationale. Il y a une ouverture réelle qui frise la réhabilitation. On sait ce qui se passe en RD Congo, en Somalie, au Soudan. Si aujourd’hui, on a pu éviter le carnage en Gambie, je suis le premier à saluer et à féliciter le professeur Alpha Condé. C’est un excellent résultat pour lui, il faut le lui reconnaître. Je suis convaincu que la médiation de la CEDEAO, particulièrement celle du président Alpha Condé a été porteuse d’espoir et de solution.

 J’étais au Burkina en octobre, au Mali en 2012, j’ai une idée de la position de la CEDEAO par rapport au non-respect de la constitution, je ne suis pas partisan de la bureaucratie régionale. Je suis de la société civile indépendante. Dans la crise Gambienne, il y avait deux options : l’option militaire et l’option politique et diplomatique. L’option militaire a fait son chemin. Le parachèvement est intervenu à partir du 21 janvier, date de la prestation de serment d’Adama Barrow à Dakar. Une fois investi, le nouvel élu pouvait demander l’adoption de l’option militaire. Il fallait une médiation de dernière minute. C’est ce qu’a fait le professeur Alpha Condé.

 Dans le cas gambien, il n’y a pas de péril en la demeure. Le processus déclenché par la CEDEAO doit aller jusqu’au bout. Je salue l’expertise de la CEDEAO. Ce que je fais rarement. Dans le passé, je reprochais souvent l’intervention tardive de la CEDEAO. Elle est intervenue au Libéria, au Mali, au Burkina Faso en septembre 2015 et en Gambie. Une intervention tardive mais responsable. Il faut encourager la médiation préventive. Il ne faudrait pas négliger les signes annonciateurs pour intervenir en sapeur-pompiers. La diplomatie de proximité doit pouvoir régir ses actions. Il n’y a aucune raison de blâmer la CEDEAO. Après tout ce qui s’est passé, le président Jammeh a eu le bon sens à la dernière minute, de quitter le pays.

 Appel de Mme Hadja Nantou Chérif pour un troisième mandat

On m’a trop interpellé sur cette question. Que voulez-vous que je dise ? Mme Hadja Nantou Chérif est une personnalité respectable, une figure historique du RPG. Elle a consacré sa vie à lutter auprès du professeur Alpha Condé jusqu’à l’accession de celui-ci au pouvoir. Donc, elle n’est pas n’importe qui et ne peut dire n’importe quoi. Elle a parlé en tant que citoyenne. Elle a dit que le peuple va demander un troisième mandat. Mais le peuple a déjà répondu à cette question. Puisque la constitution de mai 2010, c’est la volonté du peuple. Mais ceci dit, Mme Nantou est une militante de première heure. Peut-elle souhaiter autre chose pour son parti ? Le plus important, à mon avis, c’est la parole du président de la république, c’est l’acte présidentiel. Est-ce que le président Alpha Condé, sur la base de son expérience, de son vécu, des résultats sur le terrain, il y a un espoir qui est là, peut-il accepter de ternir cela. Il ne peut pas prendre ce risque. Moi, je salue son calme par rapport à cette question. A mon avis, la question n’est pas d’actualité. Mais je ne recommanderais pas le président Alpha Condé de faire des élections de novembre 2020 une préoccupation actuelle. Notre préoccupation actuelle  aujourd’hui, c’est le désenclavement du pays, c’est l’amélioration des conditions de vie des populations et des fonctionnaires, l’unité nationale, la réconciliation et le dialogue politique. Quant à Mme Nantou Chérif, si elle s’emploie à féliciter le président, elle est une militante, cela se comprend. Mais elle doit comprendre que le peuple s’est déjà prononcé. Si le peuple doit se prononcer une nouvelle fois, il faudrait nous convaincre pourquoi on devrait remettre le peuple en jeu. Moi, j’ai été secrétaire général du CNT mais je sais les pressions que Hadja Rabiatou Serah Diallo; je lui rends hommage, a subi à partir d’avril 2010 pour que le premier tour de l’élection présidentielle soit maintenu à la date de juin 2010. Donc, il faut respecter cette volonté puisque c’est cette constitution qui a permis d’aller aux élections présidentielles et législatives et d’installer d’autres institutions républicaines.

Les propos du directeur général de la police à N’zérékoré

En ce qui concerne les propos du directeur des services de police, c’est un autre chapitre. Lorsqu’on est haut fonctionnaire de l’État, on est assujetti au devoir de réserve, de neutralité et d’objectivité. Il faut éviter la récidive. Je suis convaincu que si les hauts fonctionnaires persistent en ce sens, les avocats de société civile trouveront le moment venu, la qualification pénale, contre les attitudes ou les incitations à la violation de la constitution. Ce qui est suffisamment grave. Lorsqu’un haut cadre de l’État se hasarde à inciter les populations à violer la constitution, c’est pénalement grave. Ce n’est pas le même cas pour une militante de première heure comme Mme Nantou Chérif. Malheureusement, que reste-t-il de l’État aujourd’hui ? L’État est politisé. Les fonctionnaires sont politiques. Ils sont impliqués dans les élections. Nos politiques n’agissent que sous le prisme des élections.

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