Fraîchement nommé Procureur Spécial de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) à la place d’Aly Touré, Alphonse Charles Wright a été officiellement installé dans ses nouvelles fonctions ce jeudi après-midi à Conakry.
Fidèle à ses habitudes, le bouillant ex-ministre de la Justice et des Droits de l’homme fait déjà trembler les bandits à coller à blanc. Dans son discours de prise de fonction, Charles Wright se dit déterminé à lutter contre la corruption, le détournement des deniers publics et les malversations financières. Dans cette lutte, il assure que personne ne sera épargné y compris les membres actuels du gouvernement de la 5ème République.
« Ne soyez pas surpris que des ministres passent à la CRIEF. Oui. Il ne faut pas qu’on soit étonné. Ne soyez pas étonné demain qu’un ministre actuel dans le gouvernement puisse passer devant la CRIEF. Ne soyez pas surpris demain, quelle que soit la personne, qu’on vienne vous dire : Oui, il est revenu encore, il a commencé. Au fait, je n’ai pas commencé. Je viens pour terminer dans la légalité ce que j’ai commencé. Vous n’êtes pas surpris, puisque parfois dans la cité, on parle de la chasse aux sorcières. Si le sorcier mange quelqu’un, il faut aller lui prendre pour lui dire ce qu’il a mangé. Le doute n’a pas sa place. Quel que soit ce que nous voulons pour notre pays. On est sorti de la transition, on est dans la phase de développement. Est-ce qu’on peut développer un pays alors qu’ici et là-bas, il y a la corruption ? » s’interroge l’ancien Garde des Sceaux avant de livrer un message particulier aux magistrats.
« À partir de là, je lance un appel à tous les collègues magistrats. Celui qui est là, il est ministre, il est magistrat. Nous sommes magistrats. Qu’on ne pense pas que la loi, c’est de l’autre côté. J’ai promis et je le réaliserai, qu’ à partir du lundi, je déposerai ma déclaration de biens au niveau du greffe que j’occupe. Parce que la loi sur la détection dit que les présidents de juridiction doivent faire la déclaration de leurs biens au niveau du greffe de leur juridiction. Je me soumettrai à ça demain. Personne ne sera épargné. Qu’on ne me dise pas : Non, ça se doit pas, non. Vous m’avez vu, j’ai comparu devant les juridictions ici en tant que ministre. Par respect pour la loi. La loi, elle est plus forte que nous tous. Nul n’est au-dessus. »
Poursuivant son speech, il annonce que les dossiers déjà jugés par la CRIEF seront revus en cas de nécessité.
« Les dossiers qui ont été classés sans suite. Ces dossiers-là seront revus. Ne dites pas que non. Oui, il est venu. L’affaire a été jugée pour ceci ou cela. Toutes les personnes qui ont été poursuivies par la clameur publique en République de Guinée pour des faits de corruption en République de Guinée ont été blanchies. Moi, je respecte l’indépendance du juge. Mais dans l’intérêt de la loi, nous réexaminerons tous ces éléments. S’il y a des faits nouveaux de nature à engager l’action publique dans l’intérêt de la société guinéenne, je n’hésiterai pas. Qu’on ne vient pas dire : Oui, nous, on a été blanchis, nous marchons avec ça. La loi dit Si une décision de justice est rendue et qu’il y ait des faits nouveaux de nature à engager la responsabilité des personnes, ces faits nouveaux sont constitutifs d’éléments déclencheurs de l’action publique. Ce n’est pas traduisible de la loi. Mais je vous le dis ici parce qu’à partir d’aujourd’hui, vous ne m’entendrez plus… »
A travers ce discours empreint d’engagement et de détermination, Charles Wright annonce le renouveau de la justice guinéenne à travers la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières. C’est dans cette optique qu’il a mis en place le numéro vert : 627 80 17 17,
Quant à Aly Touré, il quitte le parquet de la CRIEF après avoir engagé des poursuites judiciaires contre une bonne partie des anciens dignitaires du pays. Il est désormais président de la Cour d’Appel de Conakry.
Ibrahima Soya









