Ce samedi marque les 5 ans du renversement du régime d’Alpha Condé, suite au coup d’État militaire perpétré par le Groupement des Forces Spéciales, dirigé à l’époque par le lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya. Si le 5 septembre 2021 reste un bon souvenir pour le Conseil National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), il s’agit pour Alpha Condé d’un triste anniversaire qui rappelle la fin de ses 11 ans de règne à la magistrature suprême. Après son arrestation par les hommes de Mamadi Doumbouya, un officier qu’il considérait fièrement comme son fils, le fondateur du RPG, privé de tout contact extérieur, est resté longtemps entre les mains des militaires avant de bénéficier d’un séjour médical à l’étranger.
En janvier 2022, il est officiellement autorisé à quitter Conakry pour des raisons de santé. Alpha Condé a d’abord trouvé refuge à Abou Dabi, aux Émirats arabes unis, avant de s’établir durablement à Istanbul, en Turquie. Sous l’œil vigilant des autorités turques, l’ancien dirigeant y a observé une longue période de discrétion médiatique. Mais derrière les façades feutrées de sa résidence stambouliote, le vieil homme d’État n’a jamais décroché. Le téléphone est resté son arme principale, lui permettant de maintenir le contact avec un réseau de fidèles de plus en plus restreint et d’anciens homologues africains.
En 2026, l’exil d’Alpha Condé a pris une tournure beaucoup plus politique et itinérante. Quittant la Turquie, il a effectué un retour remarqué sur le continent africain en s’installant à Brazzaville, sous l’aile protectrice du président congolais Denis Sassou-Nguesso. Loin de se cantonner à un rôle de retraité de la politique, Alpha Condé a rapidement retrouvé une vitalité surprenante. En République démocratique du Congo (RDC), il s’est immiscé dans les coulisses du pouvoir de Kinshasa. Devenu un « visiteur du soir » influent auprès du président Félix Tshisekedi, il s’est transformé en facilitateur discret, jouant les intermédiaires lors du dialogue national entre la présidence et les puissantes confessions religieuses du pays.
Pendant que l’ancien opposant historique rêve d’un hypothétique retour aux affaires, la réalité judiciaire le rattrape à Conakry.
Devenu un exilé politique, le successeur de Sékouba Konaté est poursuivi par la justice de son pays pour des faits présumés de crimes de sang commis sous sa présidence, notamment des assassinats, des actes de torture et des enlèvements survenus lors des contestations sanglantes de 2020. Si les collectifs de victimes et la société civile exigent sans relâche son extradition pour qu’il réponde de ses actes, Alpha Condé, protégé par ses immunités de fait à l’étranger, continue d’esquiver la justice guinéenne. À 88 ans, le destin d’Alpha Condé s’écrit désormais loin de la Guinée, mais son ombre continue de planer sur Conakry comme le symbole d’une transition démocratique inachevée.
En outre, force est de constater qu’en dépit des aléas de la vie et de ce coup d’État « surprenant » mené par l’un de ses proches, l’insubmersible Alpha Condé semble se porter bien à l’étranger. Du côté de l’Afrique centrale, il a réussi à se trouver un nouveau rôle de médiateur dans la crise congolaise.
Ibrahima Soya






