« Des élèves de CP s’occupent des nourrissons pendant que la mère cherche l’or dans la mine » dixit Karinka Keita, Orpailleur à Kintignya

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En marge du collège régional du Projeg sur l’orpaillage en haute guinée, nous avons rencontré M. Karinka Camara, orpailleur à Kintgnya une localité de Siguiri. Dans cet entretien M. Keita  parle de l’impact de  l’orpaillage, sur l’éducation, la détérioration des terres, l’agriculture et l’environnement.

Lecourrierdeconakry.com : Bonjour M. Karinka, dites-nous comment se porte l’orpaillage à Kintigniya ?

Karinka Camara :L’orpaillage se fait à Kintignya comme à l’ancienne. Cela fait plus de 100 ans que cette pratique se fait chez nous. Il n’y a même plus où cultiver, nous vivons de ça.  Aujourd’hui, les lieux exploitables diminuent. Les quantités d’or qu’on obtenait ne sont plus ont fortement baissé. C’est tout juste pour vivre le jour au jour. Les gens viennent creuser le puits. I y a deux équipes fondamentales : une qui creuse et l’autre qui descend pour extraire le gravier. Avant ce gravier était lavé par les femmes avec de l’eau. Mais maintenant, une fois que le gravier est extrait, on l’envoi au concasseur pour le broyer et extraire l’or. Donc c’est à ce niveau que nous sommes aujourd’hui dans l’exploitation de l’or à Kintignya.

Quel est l’impact des machines concasseur sur la localité de Kintia ?

Karinka Camara :Aujourd’hui, nous sommes en mal à cause de l’emploi de ces machines. Tous les marigots sont remplis de débris et de boue de telle sorte que les marigots ne sont plus viables. C’est ce mal qui agit sur nous aujourd’hui.

Quel est l’impact de l’orpaillage sur l’éducation ?

Karinka Camara : La période des mines coïncide toujours avec les périodes de classe. Et quand il y a beaucoup d’or dans les mines, il y a certains grands enfants qui font la 6èmeannée jusqu’au collège qui viennent aussi sur le chantier pour profiter. Alors soit ils cherchent des puits que les gens creusent ou créent une  occupation  annexe pour gagner de quoi manger le soir. C’est à partir de ces descentes dans les mines qu’il y a un taux élevé d’absentéisme à l’école jusqu’à ce quel l’abandon de l’école s’en suive. Surtout quand ils ont beaucoup de chance sur le chantier, ils se s’achètent  une moto ou ils entreprennent quelque chose.

Quant aux petits enfants de la 2ème et de la  3ème  année, ils  vont pour garder les nourrissons pendant que leurs mamans sont dans les mines. C’est ce qui fait que les enfants abandonnent facilement les études.

L’orpaillage a aussi un impact sur l’agriculture s’il y en a encore dans la région…

Karinka Camara : Aujourd’hui, l’ennemi fondamental de l’agriculture c’est l’orpaillage. Parce que la terre cultivable est complètement raclée ou recouverte de boue de telles sortes que tout ce que l’on sème ne peut pas donner. Les trous ouvert ne sont pas remplis, c’est ce qui fait que dans les chantiers où on a fait l’orpaillage, on ne peut plus faire l’agriculture la bas.

Alors quel est l’avenir de cette localité parce que vous exploitez des ressources non renouvelables …

Karinka Camara : L’avenir de la localité est très inquiétant, surtout que l’obtention de l’or est de plus en plus difficile. Au fil des années le rendement diminue mais l’orpaillage perdure. Si la restauration de ces anciens sites était possible pour nous permettre de pratiquer l’agriculture à la longue, ce serait une bonne chose.

par Nantènin Traoré , envoyée spéciale à  Kankan 

 

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