« La libération des détenus est une leçon pour tout le monde, mais surtout pour l’appareil judiciaire » Maître Mohamed Traoré, avocat (première partie)

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Me Mohamed Troaré est l’un des avocats les plus en vue dans la lutte contre le 3ème mandat en Guinée. Il  vient d’obtenir la libération de 79 détenus politiques dont Foniké Mangué. Au lendemain de l’exécution de cette décision du CNRD, Me Traoré est heureux de partager les tractations qui ont permis la libération des détenus politiques au micro du courrierdeconakry.

 

Aujourd’hui, votre combat mené en tant qu’avocat a payé ! Quel mot peut décrire votre joie aujourd’hui ?

Les mots me manquent pour exprimer et décrire les sentiments qui m’animent aujourd’hui. Tout ce que je peux dire, c’est que je suis heureux pour ces pères de famille qui ont regagné hier leurs domiciles respectifs pour retrouver les leurs. Ce sont des personnes qui ont été détenues de manière illégale parce qu’elles se sont simplement soulevées contre le changement de constitution dont on sait que l’objectif n’était autre que d’octroyer un troisième mandat, un mandat illégal au président Alpha Condé.

Savoir que les personnes victimes de leurs opinions, arbitrairement détenues, pour lesquelles nous nous sommes battus pendant des semaines, rentrent à la maison, cela ne peut que réjouir un avocat. Nous nous réjouissons de cette situation.

Condamnés par la justice, ils sont libérés par le tribunal de l’histoire…

On aurait voulu quand même que ces détenus bénéficient d’un procès à partir duquel ils auraient expliqué leur version des faits devant le peuple de Guinée. Malheureusement la justice n’a pas accepté de jouer le rôle qui était attendu d’elle. Comme on le dit en situation exceptionnelle, solution exceptionnelle. Nous ne pouvons que nous réjouir de ce dénouement heureux.

Je pense que cela doit donner des leçons à tout le monde surtout au niveau de l’appareil judiciaire. Je pense que la justice doit s’efforcer de servir non pas un régime mais la république parce qu’un régime est passager quel qu’il soit. Il n’y a aucun régime qui soit éternel. Mais la République, elle, elle demeure. La mission qui est confiée au magistrat, à la justice, c’est de dire le droit de manière impartiale sans tenir compte des contingences politiques du moment. Malheureusement ce rôle n’a pas été bien compris au niveau de la justice. Dans tous les cas, nous sommes heureux que nos clients retrouvent leur famille.

La journée du 07 septembre a été longue. Pouvez-vous nous faire un résumé des tractations qui ont permis la libération des détenus ?

Suite au communiqué numéro 7 du comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD), le ministre par intérim en l’occurrence le secrétaire général du ministère de la Justice, le directeur de l’administration pénitentiaire, le procureur général avec le collectif des avocats de la défense, se sont retrouvés à la chancellerie pour discuter des modalités pratiques de la mise en liberté de ces détenus. Il était question de voir, quelle forme cette libération pouvait prendre.

Dans un premier temps, certains avaient proposé que cela soit fait par voie de décret. Mais compte tenu de la fragilité de la situation actuelle, nous avons proposé une solution très simple qui est de mettre directement à exécution le contenu du communiqué en prenant un ordre de mise en liberté.  Et finalement comme il y a des détenus relevant des tribunaux de Dixinn et Mafanco (NDLR : Tribunal de première instance de Dixinn et Tribunal de première instance de Mafanco), il n’était pas bien indiqué que chaque procureur de la République prenne un ordre de mission de son côté.

La solution qui été retenue, c’est de confier cette tâche au procureur général qui devait donc signer un ordre de mise en liberté. Ça c’est le canevas ou la méthode par laquelle il fallait passer.

 Quel est le nombre exact de détenus libérés ?

Quant à la liste des personnes libérables, nous nous sommes entendus également là-dessus. Il s’agit d’abord de toutes les personnes qui ont été arrêtées à l’occasion des manifestations qui ont précédé le référendum du 22 mars ou qui ont suivi ce référendum. Les manifestations avant, pendant et après les élections du 18 octobre. Et deuxième catégorie, les leaders politiques qui ont été arrêtés et embastillés pour avoir exprimé certaine opinion que la justice a considéré comme étant des faits délictuels. La Troisième catégorie des personnes concerne des militaires.

 Hier nous avons travaillé spécifiquement sur le cas des détenus civils et précisément du cas de ceux qui sont à Conakry. Et nous sommes parvenus établir deux listes. Une première liste de 66 personnes et une seconde liste de 13 personnes. Et donc le Procureur Général près la Cour d’Appel de Conakry a signé deux ordres de mise en liberté. Et ces deux ordres de mise en liberté ont été présenté aux nouvelles autorités du pays qui ont aussitôt donné leur accord pour leur exécution. C’est ainsi que dans les environs environs de 18h nous nous sommes retrouvés à la maison centrale de Conakry afin de faire exécuter cette décision.

A suivre…

Propos recueillis par Mame Tabara

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