Face à l’évolution des défis sécuritaires, institutionnels et socio-économiques dans les zones frontalières, le gouvernement guinéen accélère la mise en place d’un cadre stratégique de gestion. Sous l’impulsion du ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD), la Commission nationale des frontières a tenu sa première session technique en février 2026, avec pour objectif l’élaboration d’une politique nationale de gestion des frontières.
Cette session a permis de valider le recrutement d’un consultant chargé de concevoir ce document de référence stratégique. Les travaux ont également abouti à l’adoption de l’avant-projet de traité de délimitation, de démarcation et de bornage de la frontière entre la Guinée et la République du Mali.

Selon le secrétaire exécutif de la Commission nationale des frontières, Dr Cheick Sydia Diabaté, l’essentiel du tracé entre les deux pays est déjà stabilisé. « Nous avons fini la délimitation sur toutes les parties, sauf deux zones : le Mont Sago et la partie de Bambadana, où les positions ne sont pas encore harmonisées », a-t-il précisé.
Au-delà des aspects techniques, cette initiative répond à un contexte régional marqué par la montée des menaces sécuritaires. Pour Saa David Leno, expert en gouvernance frontalière au programme Frontières de l’Union africaine, « les questions de sécurité deviennent une nécessité, d’où l’importance de disposer d’un document de référence permettant d’orienter les actions au bénéfice des communautés ».
Le secrétaire général du MATD, Mohamed Sikhé Camara, a souligné que cette démarche vise à renforcer la coopération transfrontalière, consolider la paix et la stabilité, tout en créant les conditions d’un développement économique durable dans les zones concernées.
À terme, la future politique nationale devra permettre une gestion coordonnée de l’ensemble des frontières guinéennes et doter le pays d’un cadre structurant pour faire face aux défis actuels et futurs.
Des frontières africaines à transformer en espaces d’intégration
L’initiative guinéenne s’inscrit dans une dynamique continentale portée par l’Union africaine, qui encourage le passage de « frontières barrières » à des « frontières passerelles ». Héritées de la période coloniale, la plupart des limites territoriales africaines restent insuffisamment délimitées : près des deux tiers des 83 500 kilomètres de frontières terrestres du continent ne sont ni clairement définis ni matérialisés. Cette situation alimente régulièrement des tensions, d’autant plus que certaines zones transfrontalières abritent des ressources naturelles stratégiques.
À travers le Programme Frontière de l’Union africaine (PFUA) et la Convention de Niamey sur la coopération transfrontalière, les États sont encouragés à prévenir les conflits, promouvoir l’intégration régionale et faire des zones frontalières des espaces de coopération, de sécurité et de développement partagé.
Marie Lisette










