Après une matinée d’incertitude liée à des mouvements de détenus à la Maison centrale, l’audience correctionnelle en procédure de flagrant délit s’est finalement ouverte au tribunal de première instance de Dixinn contre l’activiste et fondateur d’école Abdourahmane Bella Bah. Poursuivi pour injure et diffamation par le biais d’un système informatique, le prévenu a dû s’expliquer sur ses publications visant le Premier imam de la Grande Mosquée de Conakry, Elhadj Mamadou Saliou Camara.
Appelé à la barre par le président du tribunal Mohamed Sangaré, Bella Bah a d’abord tenu à dénoncer vigoureusement les conditions de son interpellation survenue le samedi 8 août dernier. « Je n’ai pas été arrêté, j’ai été kidnappé à mon école par un gendarme en civil et des hommes en uniforme », a-t-il fustigé, regrettant de ne pas avoir fait l’objet d’une simple convocation.
Interrogé sur le fond de sa publication Facebook où figuraient les qualificatifs de « corrompu » ou « manipulateur », l’activiste a nié toute volonté de nuire personnellement au dignitaire religieux. « Mon intention n’était pas d’injurier », a-t-il martelé à la barre. Il a assuré avoir interpellé la corporation des religieux de manière générale et non l’imam nommément. Il a ajouté avoir rapidement retiré sa publication face à l’ampleur des réactions, déplorant de profondes « extrapolations » de ses propos. Pour appuyer sa défense, il a d’ailleurs comparé l’espace public guinéen à celui du Sénégal, où des critiques plus acerbes ne conduisent pas à des incarcérations.
Fait notable de cette journée : la place de la partie civile est restée désespérément vide. Elhadj Mamadou Saliou Camara n’a pas souhaité se constituer partie civile. Dans le procès-verbal d’audition des enquêteurs lu à l’audience, ainsi que dans de récentes sorties médiatiques, le Premier imam de Conakry a réitéré son pardon absolu envers celui qu’il qualifie de « fils » et a expressément demandé aux autorités judiciaires de faire preuve de clémence en le libérant.
Malgré le pardon religieux, la justice pénale a choisi de suivre son cours normal avec fermeté. Lors de ses réquisitions, le substitut du procureur, Oumar Diallo, a rappelé que la liberté d’opinion ne saurait justifier des propos diffamatoires de nature à engendrer un « risque imminent de trouble à l’ordre public ». Estimant que Bella Bah a agi sciemment et en toute connaissance de cause, le procureur a requis une peine d’un an d’emprisonnement ferme contre l’activiste.
La défense, portée par Me Alseny Aissata Diallo, a quant à elle plaidé la relaxe pure et simple ou, à défaut, de larges circonstances atténuantes en invoquant le profil d’entrepreneur de son client et le pardon de l’imam.
Après avoir prononcé la clôture des débats à la suite des plaidoiries de la défense, le président Mohamed Sangaré a décidé de mettre l’affaire en délibéré. La décision finale du juge du TPI de Dixinn a été renvoyée au mercredi 19 août 2026. D’ici là, l’activiste a été retourné sous mandat de dépôt.






