Clôture de la conférence diplomatique guinéenne : discours du premier ministre Kassory Fofana

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Mesdames et Messieurs les Présidents des Institutions Républicaines ;

Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’Etranger ;

Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement ;

Mesdames et Messieurs les Chefs de Mission diplomatiques accréditées en Guinée ;

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs Guinéens ;

Mesdames et Messieurs ;

Dans mes différentes fonctions antérieures, tout comme dans celles que le Chef de l’Etat m’a fait le privilège d’assumer à présent, j’ai pu éprouver à maintes occasions, l’importance éminente des missions diplomatiques pour servir la cause de la paix dans le monde et du rayonnement de notre pays.

Vous comprendrez dès lors mon intérêt d’être ici parmi vous, à ce rassemblement exceptionnel de la grande famille de la diplomatie guinéenne, pour clôturer une conférence qui sans nul doute, marquera les annales de l’histoire de notre diplomatie.

C’est au nom de Son Excellence Monsieur le Président de la République, le Professeur Alpha CONDE, l’artisan de la renaissance diplomatique de notre pays, que je salue votre présence massive et me réjouit de vos contributions significatives aux travaux de cette conférence diplomatique que nous sommes sur le point de clôturer.

C’est aussi en son nom que j’exprime en cette heureuse circonstance la reconnaissance de la Nation et notre fierté pour votre engagement et les efforts louables que vous déployez au quotidien à travers le monde au service de la Guinée.

Pour avoir passé plus de deux décennies de ma carrière dans le domaine de la coopération internationale et du développement et cultivé une réelle proximité avec les services diplomatiques, je mesure les exigences, les contraintes mais aussi le caractère exaltant du travail qui est le vôtre.

Mesdames et Messieurs,

Durant cinq jours d’intenses travaux, vous avez débattu dans la convivialité, la collégialité et avec responsabilité, de tous les grands enjeux de notre diplomatie.

Je puis d’ores et déjà dire que cette conférence a répondu à nos attentes et à nos espoirs parce qu’elle a permis à Son Excellence Monsieur le Président de la République de recentrer votre mission, en tenant compte des grandes mutations dans le monde ainsi que la brusque accélération de l’histoire.

A ce titre, vous avez été éclairés dans les grandes lignes sur les orientations qui doivent désormais guider notre action extérieure.

A travers les travaux des commissions, vous avez pu interagir et échanger sur des thématiques nombreuses et pertinentes qui ont débouché sur des recommandations prometteuses pour la marche que nous voulons imprimer à notre diplomatie.

Les sessions interactives avec les Membres du Gouvernement, des personnes ressources ainsi qu’avec vos homologues accrédités en Guinée ont été aussi l’occasion d’utiles partages d’informations et d’expériences.

Vous êtes encore mieux préparés et plus outillés pour porter le message d’une Guinée en marche, promouvoir son image avec plus d’ardeur et d’efficacité et défendre ses intérêts à l’étranger avec conviction et détermination.

Je tiens à vous dire toute ma satisfaction pour la pertinence des recommandations auxquelles vous avez abouti et qui sont autant de repères sur lesquels nous nous appuierons pour renforcer l’action diplomatique guinéenne.

Je vous donne l’assurance au nom du Gouvernement que ces recommandations seront fidèlement soumises à la haute appréciation de Son Excellence Monsieur le Président de la République qui, je n’en doute pas, y accordera tout l’intérêt qu’elles méritent.

Il nous faudra à tous plus de dynamisme et de créativité dans nos actions pour atteindre les résultats escomptés, car, Monsieur le Président de la République, le diplomate en chef de notre pays, a comme vous le savez, placé la barre très haut.

Grâce à sa clairvoyance et à l’efficacité de son leadership, la voix de la Guinée est redevenue audible et davantage prise en compte en Afrique et dans le monde.

Grâce à son engagement déterminé, notre pays jouit aujourd’hui d’une bonne réputation internationale et d’une grande audience dans le monde. Nous sommes en droit d’en être légitimement fiers.

Au-delà de notre pays, c’est aussi l’Afrique toute entière qui tire profit de la vision clairvoyante et de la riche expérience du Professeur Alpha CONDE, panafricain convaincu, toujours fidèle aux idéaux auxquels il a consacré sa vie militante et son destin présidentiel.

Comment saurais-je passer sous silence son rôle déterminant dans la résolution des conflits sur le continent ? Son implication active pour surmonter les crises récentes en Gambie, en Guinée Bissau et au Togo, entre autres, en est l’illustration éloquente.

Comment pourrais-je ne pas souligner devant vous, le succès unanimement reconnu de la présidence de l’Union africaine qu’il a exercée avec brio en 2017 ?

Et que dire par ailleurs de la conduite perspicace de l’Initiative Africaine sur les Energies Renouvelables ?

A l’évidence, les réformes audacieuses que le Professeur Alpha CONDE a réussi à impulser ont placé l’organisation continentale sur une nouvelle trajectoire, une nouvelle dynamique digne des ambitions des pères fondateurs de bâtir un continent libre, uni et fort, apte à assumer sa part de responsabilité dans la conduite des affaires du monde contemporain.

Fort heureusement, l’Afrique commence à parler d’une seule voix et à prendre son destin en main pour répondre aux aspirations légitimes du grand peuple africain.

Aujourd’hui, plus qu’hier, la Guinée doit continuer, à travers vous, à porter l’idéal d’intégration africaine et prôner partout, les vertus de la paix dans le monde, du dialogue des cultures, de la sécurité et du développement solidaire des peuples.

En effet, nous ne devons pas oublier que dans la difficile lutte pour l’affirmation de l’unité et de la personnalité africaine, notre pays s’est toujours distingué donnant le meilleur de lui-même en véritable pionnier.

Dans cette optique, nous devrons continuer à renforcer nos relations de bon voisinage, à raffermir nos liens d’amitié avec tous les pays épris de paix et de liberté et à contribuer activement aux efforts d’intégration régionale et              sous-régionale, tout en encourageant et privilégiant la coopération sud-sud.

De même, nous consoliderons le rôle de notre pays dans les efforts de médiation, de restauration et de préservation de la paix et de la sécurité à travers le système multilatéral.

Pour réussir ce pari, une condition me parait essentielle. C’est l’insertion des cadres guinéens dans les organisations internationales. Cet objectif devrait retenir désormais notre attention et mobiliser nos efforts, et nos énergies. Ceci aiderait significativement à diffuser nos valeurs et notre culture mais aussi à défendre nos intérêts. Je voudrais vous exhorter à en faire une priorité dans notre mission.

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Notre défi commun est aussi de nous appuyer sur le capital de crédibilité dont jouit désormais, et si heureusement, notre pays, pour bâtir un système diplomatique efficient et proactif, essentiellement recentré autour des enjeux de développement économique.

Faut-il le rappeler, depuis 2010, la Guinée est engagée dans une dynamique de transformation structurelle de son économie pour répondre aux besoins essentiels et nombreux des populations, pour mettre en place les fondations de l’émergence économique.

Comme vous pouvez en faire le constat heureux, les changements structurels dans la gouvernance économique et financière ont permis de restaurer les équilibres macro-économiques, de renouer avec les institutions internationales de financement et de créer un environnement propice aux investissements.

En dépit des aléas qui ont ponctué la marche du pays vers le progrès économique et social, notamment la crise Ebola, le poids de la dette extérieure héritée du passé, l’économie guinéenne connait un regain de dynamisme avec un taux de croissance qui avoisine déjà les deux chiffres.

Les réformes hardies entreprises dans le déploiement des politiques publiques diverses et les investissements considérables dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, des mines, du développement rural, de la santé, de l’éducation et des nouvelles technologies, renforcent les performances enregistrées et ouvrent des perspectives intéressantes pour le pays.

Pour soutenir cette dynamique, notre pays s’est doté d’un Plan National de Développement Economique et Social (PNDES).

Fruit de la vision du Chef de l’Etat, le PNDES est un référentiel des politiques publiques qui vise à promouvoir une croissance forte et de qualité, susceptible d’améliorer le bien-être des Guinéens et d’approfondir la transformation structurelle de l’économie et promouvoir un développement plus inclusif.

Le choix du thème de cette conférence, « Diplomatie au service de l’émergence de la Guinée », ne saurait être donc plus appropriée, tant la mobilisation des ressources et des investissements pour la réalisation du PNDES cristallise notre attention et demeure au cœur de l’action gouvernementale.

Sur la base des orientations du Chef de l’Etat à l’ouverture de cette conférence et des pertinentes recommandations issues de vos débats, il nous revient à présent de mettre en route une véritable diplomatie économique au service de l’émergence de la Guinée.

Cette diplomatie couvrira toutes les actions qui permettront à la fois de rendre la Guinée plus attractive aux investisseurs privés étrangers, d’ouvrir des opportunités aux entreprises guinéennes à l’étranger et de faciliter une mobilisation accrue des ressources dans le cadre de l’aide publique au développement et des partenariats public-privé.

Dans la même perspective, l’appui à la structuration et à l’organisation des Guinéens de la diaspora afin de garantir leur implication effective dans le développement économique du pays devra être pris en compte. L’implication de la diaspora est en effet génératrice de ressources financières, techniques technologiques.  Elle est en définitive, facteur de progrès.

Pour permettre une meilleure évaluation des services extérieurs dans la mise en œuvre de cette nouvelle orientation diplomatique, une feuille de route économique, avec des objectifs et des résultats clairement définis, devra être adressée à toutes les missions diplomatiques, en tenant compte des spécificités dans chaque juridiction.

Dans l’optique de la mise en œuvre cette feuille de route, une des recommandations de vos travaux a particulièrement retenu mon attention.

Il s’agit du déploiement de Conseillers économiques et commerciaux pour renforcer nos représentations diplomatiques dans les pays abritant des institutions de financement ou encore dans ceux à fort potentiel de coopération économique et commerciale avec la Guinée.

Ces cadres qui devront être, triés sur le volet sur la base de critères précis, contribueront ainsi à une meilleure appréciation des opportunités de financement ou d’échanges économiques en faveur de notre pays.

Ils renforceront également nos capacités de négociations commerciales ainsi que d’organisation de foras et autres manifestations à caractère économique à l’étranger.

Mesdames et Messieurs,

Dans cette dynamique de renouveau de l’action diplomatique, l’administration centrale des Affaires étrangères ne devra pas être en reste. Elle devra se réorganiser et renforcer ses capacités pour servir de véritable pivot aux services extérieurs pour la mise en œuvre de la diplomatie économique.

Pour ce faire, les lenteurs administratives, les goulots d’étranglement et l’absence de proactivité doivent être impérativement corrigés.

Je dois aussi insister sur la formation et le perfectionnement continus des diplomates, car il est illusoire d’espérer une mutation qualitative de notre appareil diplomatique sans disposer des cadres compétents et motivés.

Conformément aux objectifs assignés dans la lettre de mission que j’ai adressée au Ministre des Affaires étrangères, le Centre de Formation et de Perfectionnement Diplomatique (CEFOPED) doit être rapidement équipé et rendu opérationnel pour répondre à ce besoin pressant de formation.

A ces actions, s’ajoute bien évidemment l’organisation de la carrière diplomatique, dont la non-application aujourd’hui entretient tant de frustrations et de désœuvrement, toutes choses qui obèrent l’efficacité de notre système diplomatique.

Je me réjouis des recommandations concrètes que vous avez formulées pour résoudre les dysfonctionnements, tout comme les propositions concernant la Charte diplomatique et le Guide du protocole. Ces documents, une fois adoptés dans les formes requises, et je l’espère à brève échéance, constitueront désormais le bréviaire dans la conduite des activités diplomatiques de la Guinée.

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères ;

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs ;

Les capacités de notre appareil diplomatique à jouer pleinement son rôle de représentation, d’information, de négociation, de protection de nos concitoyens et de coordination de l’action gouvernementale à l’extérieur, dépendent aussi des moyens mis à disposition.

Je suis conscient que notre ambition de renouveau nécessite l’amélioration des conditions de vie et de travail de nos diplomates à l’étranger.

Des mesures doivent cependant être prises pour corriger les anomalies dans la gestion administrative et financière actuelle des services extérieurs.

Je suis confiant que nous parviendrons à améliorer le traitement de nos agents diplomatiques et le fonctionnement des ambassades.

Au cours de vos travaux, vous avez identifié des pistes pour y parvenir. Elles concernent notamment le traitement salarial et les indemnités auxiliaires ; la restructuration des cadres organiques des services extérieurs dans une logique de rationalisation des effectifs ; la classification des pays en zones sur la base de critères précis pour restaurer l’équité et la transparence dans l’allocation des budgets de fonctionnement.

 Mesdames et Messieurs ;

Dans les jours à venir, en rapport avec le Ministre des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’Etranger, je mettrai en place un comité interministériel chargé d’assurer un suivi rigoureux de la mise en œuvre de vos recommandations.

Ce comité aura pour tâche spécifique de les sérier, d’analyser leur faisabilité et de soumettre des propositions concrètes de mise en œuvre au Gouvernement.

Je tiens à vous rassurer que je veillerai personnellement à ce processus, sur la base des directives de Son Excellence Monsieur le Président de la République. Il est évident que les résultats qui sont désormais attendus de vous justifient que les moyens conséquents soient mis à disposition.

Vous allez donc rejoindre vos différents postes diplomatiques, rassurés de l’accompagnement du Gouvernement et de la bienveillance du Chef de l’Etat.

En retour, je vous engage à jouer pleinement votre rôle pour mériter la confiance du Président de la République et justifier les moyens à mettre à votre disposition pour le renouveau de la diplomatie guinéenne.

Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’Etranger,

A ce stade de mon propos, je vais me tourner vers vous, pour vous adresser toutes mes félicitations et à travers vous, à l’ensemble des acteurs qui ont contribué au succès de cette conférence.

A cette reconnaissance, je veux associer toutes les personnalités, particulièrement les Chefs de Missions diplomatiques accrédités dans notre pays, qui nous ont fait l’honneur de leur présence à ces assises.

La tenue de ce grand rendez-vous ouvre incontestablement une nouvelle ère pour l’action extérieure de la Guinée. C’est notre honneur, et c’est notre responsabilité, je dirai même notre devoir sacré, de l’impacter ensemble.

Dans cet esprit, vous ne devez jamais perdre de vue l’œuvre collective à laquelle vous êtes associés : le rayonnement de la Guinée, une Guinée attachée aux valeurs de liberté, de paix et de solidarité.

Une Guinée tout aussi engagée dans la voie de l’intégration économique et sociale pour un destin solidaire du continent.

Je dois cependant vous signifier que la conférence diplomatique n’est pas encore terminée. Car, il nous reste une redoutable épreuve : le grand banquet ou le grand repas des diplomates que vous nous offrez ce soir, [et qui sera l’occasion des ultimes recommandations].

L’un des plus illustres diplomates, l’éminent et très habile Charles-Maurice De Talleyrand, avait eu la sagesse d’aviser que « le meilleur auxiliaire d’un diplomate, c’est bien son chef cuisinier ». Alors, faites-nous en la démonstration ce soir pour que tout s’achève dans la beauté, dans la gaité et en apothéose.

En attendant de partager ce bon moment avec vous ce soir, je déclare clos les travaux de la conférence diplomatique.

Je vous remercie.

 

 

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