La région de N’zérékoré, en Guinée, a longtemps été le théâtre de conflits sociopolitiques dévastateurs, particulièrement virulents entre 2010 et 2020. Cette décennie noire a causé des centaines de morts et d’énormes dégâts matériels, marquant profondément l’histoire de la région.
Mathieu Manamou, activiste de la société civile, témoin de cette période trouble raconte : « N’zérékoré a une histoire en termes de conflits. Le premier conflit d’envergure date de 1991. De là jusqu’à 2010, il y a eu des conflits plus ou moins violents. Mais entre 2010 et 2020, nous avons enregistré 15 conflits de toutes causes à travers la région. »
Selon lui, ces tensions étaient principalement dues à un contexte politique défavorable à la paix, caractérisé par un manque de mesures coercitives contre les fauteurs de troubles et une impunité généralisée.
Le Tournant de 2020 et l’Engagement des Nouvelles Autorités
Cependant, depuis mars 2020, date du dernier conflit violent lié au double scrutin référendaire et législatif, N’zérékoré connaît un retour notable à la paix. Ce changement est le fruit d’efforts conjoints des différentes couches sociales, notamment des autorités et des organisations de la société civile.
Mathieu Manamou souligne le rôle crucial du Comité National du Rassemblement et du Développement (CNRD), arrivé au pouvoir le 5 septembre 2021 : « Depuis le 5 septembre 2021, les conflits d’ordre communautaire ont pratiquement baissé, pour ne pas dire sont terminés. Donc depuis 5 ans, nous vivons dans une paix totale. Cela est dû d’abord à la volonté politique des nouvelles autorités. La charte de la transition a interdit toute forme de violences et dans les discours politiques, on fait la promotion de l’unité nationale, la fierté d’être Guinéen. Et ceux qui tentent d’aller contre ça sont immédiatement punis. »
Cette ferme volonté politique a créé un terrain propice au travail des organisations de la société civile (OSC), dont l’action a été essentielle pour le retour de la paix.
« Entre-temps, les OSC ont travaillé sur le terrain pour mettre des jalons en place en vue d’un retour de la paix. Ces efforts fournis par la société civile avant la transition ont produit des effets avec la transition. Ce n’étaient pas seulement les activistes, il y avait aussi les leaders religieux et les artistes qui ont fourni énormément d’efforts pour la recherche de la paix. Chacun de son côté a œuvré à travers des sensibilisations, des communications, des plaidoyers pour que la paix revienne. Ce sont ces efforts qui ont payé avec la paix apparente que nous vivons maintenant. Et cette paix est à entretenir pour le bonheur de tous, » explique Mathieu Manamou.
Des Mécanismes de Dialogue et de Prévention
Pour renforcer cette paix fragile, plusieurs mécanismes ont été mis en place afin de favoriser le dialogue intercommunautaire et la prévention des conflits. Parmi eux, le cadre de concertation des leaders religieux joue un rôle primordial, réunissant toutes les confessions de la région.
Le pasteur Maurice Zogbelemou, porte-parole de ce cadre, illustre cet engagement : « Nous les religieux, nous nous sommes dit que nous ne devons pas attendre qu’il y ait des conflits pour intervenir. Nous nous sommes donnés les mains, leaders religieux, chrétiens et musulmans, pour agir ensemble. On se fréquente mutuellement dans nos différentes cérémonies pour montrer l’exemple à nos fidèles. Cela a permis de temporiser les choses.
Par ailleurs, nous faisons des sensibilisations dans nos lieux de cultes sur le pardon, le vivre ensemble et la paix. Parfois, nous intervenons ensemble entre musulmans et chrétiens, notamment dans les radios et lors d’ateliers et de cérémonies. Et lorsque nous constatons une menace de conflits, nous anticipons pour calmer les ardeurs. »
Le Rôle Indispensable des Femmes et des Médias
Les femmes de N’zérékoré ont également été des actrices majeures de cette lutte pour la paix. Luopou Françoise, directrice préfectorale du Plan et activiste de la société civile, explique leur motivation : « Nous savons que quand il y a des conflits, nous sommes doublement affectées en tant que femme. Soit ce sont nos enfants qui en sont victimes, soit nos maris. Donc, nous nous sommes dit que cela ne peut pas continuer. On a pris le devant, on s’est donné les mains pour mener des sensibilisations. Il y a eu des ateliers de partage et des plaidoyers en ce sens. On s’est dit qu’il faut surtout agir au niveau des familles, chaque femme doit sensibiliser son mari, ses enfants et ainsi de suite. »
Le meeting géant organisé par les femmes à la place des martyrs de N’zérékoré pour plaider en faveur de la paix, réunissant toutes les sensibilités sociales de la région, en est un exemple frappant, aboutissant à des recommandations fortes et des engagements des autorités.
Les médias jouent aussi un rôle crucial dans la prévention et la gestion des conflits, notamment à travers des émissions interactives et des tables rondes.
Enfin, l’engagement des partenaires techniques et financiers, qui ont déployé d’importants projets de consolidation de la paix, contribue également à cette dynamique positive.
N’zérékoré, autrefois marquée par la discorde, semble désormais engagée sur la voie d’une paix durable, fruit d’une collaboration sans précédent entre autorités, société civile, leaders religieux, femmes et médias.
Mamady 2 Camara, depuis N’zérékoré










