Après des mois de bras de fer, de médiations avortées et de reports successifs, les autorités sont passées à la vitesse supérieure. Le déguerpissement du site historique de la Forêt sacrée de N’Zérékoré a officiellement débuté le samedi 21 mars 2026, marquant le point de non-retour pour un projet de valorisation culturelle d’envergure nationale.

Un démarrage sous haute tension
Le silence du quartier Gonia a été rompu samedi dernier par le vrombissement des engins de démolition. Sous l’œil vigilant des autorités, le bâtiment de l’ancien hôtel de la Forêt sacrée — qui servait récemment de siège à la sûreté régionale — ainsi que ses abords immédiats ont été rasés.
Selon l’inspecteur régional de la culture, maître d’ouvrage du domaine, cette opération n’est que la première phase. « Tout le domaine sera dégagé », a-t-il assuré, précisant que les opérations reprendront dès ce jeudi 25 mars pour libérer l’intégralité des deux hectares du site.

Le désespoir des « femmes vendeuses »
Sur les décombres, le sentiment d’amertume prédomine. Les occupants, principalement des vendeuses de légumes et de condiments, voient leur gagne-pain s’écrouler. Malgré la date butoir initialement fixée au 2 février 2026, beaucoup espéraient encore un ultime sursis ou une annulation de la décision.
« On a tout fait pour qu’on nous laisse ici, mais en vain », confie Sény Lamah, vendeuse de condiments, les yeux fixés sur les hangars détruits. « Hier, quand on a vu la machine commencer à casser, on a dû ramasser nos marchandises en urgence. Maintenant, on se demande comment faire ? »
C’est ici que nous nous débrouillons en vendant des feuilles pour nourrir nos enfants. Maintenant qu’on nous dit de quitter, qu’allons-nous faire ? On n’a pas d’autre place », s’inquiète Fatoumata Fofana, vendeuse de légumes au marché forêt.
La question du relogement au marché de Boma, proposé par la délégation spéciale, reste le point de friction majeur. Pour ces femmes au capital fragile, le coût du transport (environ 20 000 GNF par jour) représente une charge insurmontable qui menace la survie même de leur petit commerce.
Un sacrifice au nom du patrimoine national
Si le coût social est lourd, l’État guinéen affiche une détermination ferme. Ce déguerpissement est la condition sine qua non au lancement des travaux du « Lot 2 », un projet ambitieux visant à doter N’Zérékoré d’infrastructures culturelles modernes.
Le contrat (n° 2025/617/1/4/2/1/2/017), signé en mai 2025 avec la société MC GROUPE Sarl, prévoit la transformation radicale du site :
* Construction d’un Musée régional de nouvelle génération ;
* Érection d’un Centre culturel et d’un bloc administratif ;
* Aménagement de logements de fonctionnaires et d’un parking sécurisé.
Quel avenir pour les déguerpis ?
Bien que le président par intérim de la Chambre préfectorale du commerce, Issiaka Bérété, appelle au calme et promette de poursuivre les concertations, la réalité du terrain est implacable. La Forêt sacrée, héritage de la Première République et restituée au ministère de la Culture en 2023, s’apprête à tourner la page du commerce informel pour redevenir le poumon culturel de la Guinée Forestière.
L’enjeu pour les jours à venir sera de voir si l’accompagnement social promis par la municipalité parviendra à absorber le choc économique pour les centaines de familles impactées par cette mutation urbaine.
Mamady 2 Camara, correspondant à N’zérékoré










