En séjour à Conakry, le président de l’Association Sahara-Mali, Seydou Sogodo a reçu des journalistes du Courrier de Conakry dans un restaurant du Centre-ville de la capitale guinéenne pour une interview exclusive.

Pendant cet entretien, l’invité a été interrogé sur l’actualité brûlante de la sous-région ouest-africaine. M. Sogodo a donné sa position sur le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la CEDEAO. Il a également évoqué la conduite de la transition malienne. Lisez !

Que pensez-vous du retrait du Niger, du Burkina Faso et de votre pays le Mali de la CEDEAO ?

Je pense d’abord que tout est politique. En tant que citoyen malien, il serait préférable de rester en phase d’observation par rapport à cette décision. On sait déjà que ces trois pays sont enclavés. En se retirant de la CEDEAO, je pense que politiquement, sécuritairement ça peut causer des problèmes. Donc à mon avis, il fallait attendre, voir comment la situation va évoluer au fil des moments. Mais vous savez, comme ces trois pays sont dirigés par des militaires actuellement, je ne sais pas exactement est-ce qu’ils ont réfléchi à un certain niveau pour prendre cette décision. Et comme je l’ai dit, sur le plan politique ça va nous causer quand même de gros problème mais attendons d’abord la suite. Peut-être ils ont aussi des solutions par rapport à tout ça là. Certainement, ils ont dû prendre certaines précautions, néanmoins on attend de voir où cela va nous conduire.

Comment se passe la transition au Mali ?

Absolument tout va très bien. Quand on regarde la vision de la société malienne, nous pensons que la transition fait mieux. Parce que sur le plan de la corruption, la justice et la sécurité surtout, Kidal a été récupéré. Nous pensons très sérieusement que si la transition continue comme ça et que tous les acteurs de la politique malienne se rallient derrière eux, il y aura une vraie avancée.

Est-ce que les droits de l’homme sont respectés au Mali ?

Bien sûr on peut se poser cette question. C’est une période transitoire, tout le monde sait que ce n’est pas une période normale. Mais globalement, les droits de l’homme sont respectés.

En Guinée, l’État a restreint l’accès à l’intérêt. Et chez vous ?

Au Mali ce n’est pas le cas. Mais l’État malien a pris des dispositions par rapport à la cybercriminalité. Tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux est contrôlé. Si vous parlez n’importe comment et ça porte atteinte au droit de l’Etat. L’Etat peut intervenir par rapport à cette situation et faire arrêter. Par contre, sur les réseaux sociaux tout le monde est libre, mais dire n’importe quoi, c’est ce qui n’est pas permis. Actuellement, les Webs TV ou les télés nationales, tout est sous contrôle de l’État.

Quel est votre avis sur la transition guinéenne ? 

Au Mali, on suit la Guinée. On pensait qu’elle allait suivre les trois pays (Mali, Burkina Faso et le Niger, ndr). Parce que nous savons que dans la sous région, nos pays sont très corrompus. La population souffre énormément, que ça soit la Guinée, le Mali ou ailleurs, c’est la même chose. Donc l’arrivée de ces militaires au pouvoir, on pensait que c’est une opportunité pour qu’ils puissent défaire les systèmes en place et remettre un nouveau système. Donc, on pensait que la Guinée devrait rejoindre ces trois pays pour faire le chemin ensemble

Qu’en dites-vous du projet de fédération entre la Guinée et le Mali ?

C’est une chose très compliquée. Au moment de la fédération du Mali, on l’avait évoqué. Quand le Sénégal, la Côte d’Ivoire et la Haute Volta se sont mis ensemble pour faire une fédération, ça crée énormément de problèmes mais ça allait aboutir. Mais c’est la France qui s’est impliquée en mettant dos à dos les dirigeants de ces pays. C’est pourquoi ça n’a pas marché. Si on arrive à le faire, ça serait une bonne chose. Voyons les USA ou la Russie, c’est des grands pays. Ils ont compris que l’union fait la force. Mais les grandes puissances n’accepteront jamais que les pays africains soient ensemble.

Votre message à l’endroit des dirigeants de la CEDEAO ?

Aujourd’hui, la CEDEAO doit tirer les leçons par rapport à tout ce qui vient de se passer. Parce que les trois pays ne se sont pas retirés pour rien. Pendant la crise au Mali et au Niger, au lieu que la CEDEAO leur vient en appui, elle n’a fait que prendre des sanctions contre les militaires au pouvoir et les peuples. Donc, c’est ce qui a amené cette situation. Je pense que la CEDEAO doit se refaire et voir comment satisfaire les besoins des peuples. Elle ne doit pas être la CEDEAO des chefs d’État mais la CEDEAO des peuples.

Propos recueillies par Soya et Foulamory