Récemment, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont pris la surprenante décision de se retirer de la Communauté Économique des États de l’Afrique Occidentale (CEDEAO). En Guinée, les citoyens réagissent sur ce sujet brûlant de la sous-région. Chaque intervenant apporte son point de vue dans la rubrique à vous la Parole du Courrier de Conakry.

Sory Camara

Nous avons vu cette décision tombée du ciel ! Il est à signaler que ces trois pays sont dirigés par des chefs militaires issus d’un coup d’État. Donc, en aucun cas ces trois responsables de ces pays ne devraient prendre une telle décision. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas élus. C’est une décision irréfléchie. La CEDEAO a été mise en place par nos grands parents à travers les parlementaires de ces pays. Donc, c’est des représentants des différents peuples de ces trois pays. En aucun cas, ces juntes issus du putch ne peuvent venir confisquer la voix du peuple. Parce qu’aujourd’hui, quel que soit l’engouement, il faut reconnaître que ces peuples qui acclament les militaires ne peuvent plus manifester leur droit pendant cette transition.

Aboubacar Touré

Le Burkina Faso, le Niger, le Mali ont une bonne raison de se retirer parce que la CEDEAO ne répond plus aux critères, aux aspirations que ces 15 pays attendaient de la CEDEAO. Aujourd’hui tout bon africain, saura que la CEDEAO a des manquements. Elle a parrainé des dirigeants qui ont tripatouillé la constitution de leur pays. Donc, pour l’adapter aux réalités, il faudra réviser ses textes pour qu’elle revienne comme avant. À défaut ça va décourager bon nombre de pays à rester. Les pays ne peuvent avoir le courage de rester dans cette organisation si elle satisfait ses pays membres. Mais si c’est le cas contraire, c’est à la population de prendre sa responsabilité. Donc, si ces pays ont demandé leur retrait de la CEDEAO, de mon point de vue, ils sont dans leur logique. Et j’ai l’espoir que si l’organisation continue à fonctionner de telle sorte c’est d’autres pays qui s’en suivront dans les jours à venir.

Seydou Sogodogo,

Je pense d’abord que tout est politique. En tant que citoyen, il serait préférable de rester en phase d’observation par rapport à cette décision. On sait déjà que ces trois pays sont enclavés. En se retirant de la CEDEAO, je pense que politiquement, sécuritairement ça peut causer des problèmes. Donc à mon avis il fallait attendre, voir comment la situation va évoluer au fil des moments. Mais vous savez comme ces trois pays sont dirigés par des militaires actuellement, je ne sais pas exactement est-ce qu’ils ont réfléchi à un certain niveau pour prendre cette décision. Et comme je l’ai dit sur le plan politique ça va nous causer quand même gros problèmes mais attendons d’abord la suite. Peut-être ils ont aussi des solutions par rapport à tout ça là. Certainement, ils ont dû prendre certaines précautions de le faire, néanmoins on attend de voir où cela va nous conduire.

Mohamed Camara 

Le retraite de ces trois pays n’est ni un avantage pour la CEDEAO, ni un avantage pour ces trois pays. D’abord, les populations de ces trois pays ont besoin de se déplacer. Et ces trois pays sont frontaliers avec les autres pays de la sous-région. Les citoyens ont besoin de bouger. Les liens qui lient les trois pays autres pays comme le nôtre c’est plus que la CEDEAO. Ces trois pays n’ont pas de mer. Comment ils vont faire, s’ils se retirent dans le cadre de leur commerce ? Ça va être très difficile. L’autre chose, c’est la CEDEAO qui n’a pas assumé. Elle n’inspire plus confiance. Parce que ces trois pays estiment que la CEDEAO assujettis aux grandes puissances qui leur disent ce qu’ils doivent faire. Puisqu’ils ont la crainte d’être bloqués, raison pour laquelle ils ont décidé de se retirer. Sinon moi, je suis tout à fait d’accord que ces pays se retirent c’est leur droit. Parce que la façon dont la CEDEAO est dirigée, moi je ne l’approuve pas. Mais se retirer sans donner la chance au dialogue c’est un peu difficile.  Car, c’est les peuples de ces pays qui vont tirer les conséquences. Mais il se peu qu’ils ont pris cette décision  pour trouver la solution afin d‘ouvrir des couloirs de négociations.

Bangoura Oumar

Ce retrait définitif de l’espace CEDEAO décidé par le Mali, le Niger et le Burkina Faso, est justifié par le fait que l’institution est gérée par la France et les grandes puissances économiques. Maintenant, nous on ne sait pas la raison valable. Mais en ce qui nous concerne, la Guinée fait toujours partir de la CEDEAO, malgré les problèmes. On ne sait pas si les autorités guinéennes vont prendre la même décision que le trio Mali-Niger-Burkina Faso. Parce que nous sommes tous des pays en transition qui sont gérés par les militaires.

Personnellement, je ne souhaiterais pas que mon pays se retire de la CEDEAO. Je préfère qu’on reste dans cette communauté ouest africaine. Ce que je déplore, c’est l’incapacité de la CEDEAO. Elle a montré ses limites. En plus, elle est gérée par les grandes puissances qui viennent créer des conflits dans nos pays pour s’enrichir devant le bas peuple.

Diallo Ibrahima Tely

Je pense que c’est une mauvaise idée de se retirer de la CEDEAO. En termes de ressources, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ne sont pas suffisamment fournis. Donc se retirer de la CEDEAO représente un grand danger pour eux. Je pense que ce n’est pas bien réfléchi. Malgré les problèmes de la CEDEAO, se retirer de la CEDEAO n’était pas du tout la solution. Il fallait juste essayer de rester pour voir comment il faut réformer la CEDEAO et changer certaines choses. Parce que même ici en Guinée, on n’est pas content de la CEDEAO mais à mon humble avis se retirer n’est pas la solution. C’est en restant dans l’espace CEDEAO que le Mali, le Niger et le Burkina Faso peuvent bien aider leurs populations qui risquent de subir gravement les conséquences de cette décision hâtive.

Baldé Thierno Mamadou Tahiré

La décision que ces États ont prise pour se retirer de la CEDEAO, n’est pas une bonne décision. Parce que si vous remarquez, les États qui se trouvent dans la CEDEAO ont signé des accords, de partenariats sur la libre circulation des biens et services entre les pays membres. Maintenant si le Mali, le Burkina Faso et le Niger en pleine transition se retirent de la CEDEAO, cela ne va pas les arranger. Ils auront des conséquences sur le plan économique, social et politique. Parce que les autres peuvent même décider d’imposer le visa aux ressortissants de ces trois États. Pour le bien de leur population, ils doivent revenir sur cette décision de se retirer de la CEDEAO. Surtout que c’est des pays en transition. Et les transitions sont des régimes exceptionnels et d’une durée déterminée. Il ne faut pas faire souffrir la population.

Camara Kessory

Cette décision de retrait de la CEDEAO ne concerne que le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Je soutiens cette décision de ces trois pays qui préfèrent évoluer seuls, en dehors de l’espace CEDEAO. Parce qu’ils estiment que l’institution sous-régionale est instrumentalisée par les grandes puissances.

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso sont des pays indépendants. Donc ils sont totalement libres de choisir leur destin. Mais en tant que frère africain que je suis, j’espère que cette décision de quitter la CEDEAO ne va trop impacter les citoyens de ces pays. Ces États doivent trouver une solution idoine pour satisfaire les populations qui auront besoin de se déplacer dans l’espace CEDEAO.

Malan Danso

La décision est souveraine. Ces trois pays, voyant leur intérêt économique, ils ne peuvent plus appartenir à l’espace CEDEAO. Les gens qui s’attaquent à ces juntes, oublient que pendant que ces pays intégraient l’espace CEDEAO, c’est aussi la junte au pouvoir qui dirigeaient ces trois pays.

Mais, il faut aussi noter que cette nouvelle décision présente aussi des conséquences économiques dans l’espace CEDEAO. Sur le plan financier, ces trois pays sont membres de l’UEMOA. Donc, si ces trois pays se retirent de la CEDEAO, ils perdraient bien sur le plan économique.

Au niveau du Mali, Burkina Faso et le Niger, il y aura aussi des conséquences. Puisqu’au niveau des visas, des passeports et carte d’identité, les citoyens vont subir les conséquences. Il faut aussi savoir que l’espace CEDEAO sera ébranlé sur le plan économique. C’est une décision souveraine. C’est à dire beaucoup réfléchi avant de prendre la décision.

Le Courrier de Conakry