« Les Sociétés Rusal et HENAN CHINE ne jouent pas leur responsabilité sociétale », déplore le Maire de Sangarédi

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Le Maire de la Commune rurale de la sous-préfecture de Sangarédi, Préfecture de Boké a accordé récemment une interview à notre reporter. Au cours de cet entretien exclusif, Mamadou Houdy Bah a parlé des priorités du conseil communal, les stratégies que les conseillers comptent utiliser pour mobiliser le montant prévisionnel, les difficultés rencontrées par les habitants de cette localité. Il est revenu également sur les rapports des sociétés minières qui évoluent dans cette zone et les autorités communales, ainsi que le flux migratoire des citoyens de Télemélé dont le transit est Sangarédi. Le tout a été clôturé par un appel pressant à l’endroit des populations des zones minières. Lisez exclusif !!!

Bonsoir monsieur le Maire de Sangarédi, veuillez-vous présentez à nos aimables lectrices et lecteurs.

Bonsoir monsieur : je suis Bah Mamadou Houdy, maire de la commune rurale de Sangarédi.

Quelles sont vos priorités pour cette commune ?

Je vous remercie de cette opportunité que vous m’offrez à m’exprimer au-delà de la commune rurale de Sangarédi. La première des priorités que nous nous sommes fixés selon la campagne en 2017, c’est l’adduction d’eau potable à l’ensemble des citoyens. Cette affaire d’eau est l’une de nos principales priorités. Notre seconde priorité, c’est le plaidoyer auprès des sociétés minières qui évoluent ici à Sangarédi ainsi qu’auprès de celles sous-traitantes pour l’emploi de la jeunesse de Sangarédi afin d’éviter les conflits au niveau de cette commune et préserver la quiétude sociale, cela permettra à ces sociétés d’évoluer sans difficultés.

Qu’est-ce que vous demanderez à ces sociétés ?

Nous leur demandons à ce qu’on se donne la main. Aussi, de publier des Appels d’Offres et de favoriser à part égal les candidatures de nos jeunes diplômés dans les écoles professionnelles et universités afin que ceux-ci puissent trouver du travail au sein de ces sociétés selon leurs besoins. Parce que leurs domaines cultivables sont occupés par l’exploitation minière. Ensuite, nous leur demandons surtout de respecter les conventions minières, c’est-à-dire le contenu du Code minier guinéen.

Vous avez tenu votre conseil communal, est-ce que nous pouvons connaitre le budget prévisionnel retenu pour le fonctionnement de votre commune ?

Pour notre commune, le budget prévisionnel en dépenses et en investissement s’équilibre à 9 milliards 516 millions 800 mille francs guinéens (9 516 800 000 GNF).

Comment comptez-vous mobilisez ce montant ?

Ce montant a des provenances diverses ; il y’a les contributions de nos communautés, c’est-à-dire les taxes des différentes catégories sociales. Ensuite, le fond issu de l’ANAFIC (Agence Nationale de Financement des Collectivités) qui s’élève à 15% des revenus miniers repartis pour toutes les communes de la République de Guinée, dont deux milliards trois cent millions (2 300 000 000 GNF) par commune ; il y’a aussi, les 0,5% du fond de développement local (FODEL), issu du chiffre d’affaire des sociétés évoluant dans notre commune.

Vous voulez parler de la Compagnie des Bauxite de Guinée, de Guinea Alumina Corporation (GAC), de RUSAL… ?

La CBG et GAC sont des principales sociétés mais qui ne sont pas concernées par les 0,5%.

Pourquoi ?

Parce qu’elles ont signé leurs conventions avec l’Etat guinéen avant la révision du code minier. Donc, elles ont exempté. Selon les informations que j’ai reçues, ces sociétés doivent contribuer en leur manière pour le développement de la commune.

Est-ce qu’elles arrivent à le faire ici à Sangarédi ?

Oui, par exemple la CBG à travers son volet développement communautaire qui depuis 2018, paie 2 500 000 dollars US par an. Cette somme est repartie en deux parties, une qui est orientée dans la réalisation des infrastructures sociales, sanitaires, éducatives et l’autre est orientée dans le financement des activités génératrices de revenus.

Et la société GAC ?

Pour le moment la société GAC ne paie rien. Dans la convention qu’elle a signé avec l’Etat guinéen, il est dit que c’est après 5 ans d’exploitation qu’elle paiera 500 mille dollars à l’ensemble des communes qu’elle impacte et 10 après, elle paiera 1 000 000 de dollars par an à l’ensemble des communes impactées également dans leur exploitation.

Mais en attendant qu’est-ce que vous gagnez aujourd’hui avec ces sociétés, parce que 5 ans n’est pas 5 semaines et l’impact est visible sur le terrain ?

Pour le moment, il y’a beaucoup d’impact positif au niveau de la communauté, ces sociétés je vais parler bien sûr de la CBG et de GAC qui ont construit assez d’infrastructures (écoles, centre de santé, mosquées, des ouvrages de franchissement) au sein de nos communautés. Et actuellement, elles sont prêtent a aménagé un domaine de  100 hectares pour permettre à nos communautés de venir pratiquer l’agriculture dans le district de Boulérè dans une plaine qu’on appelle ‘’Petel Kendy’’ ; ça c’est leur responsabilité sociétale. A  Sangarédi ici même, ces sociétés ont construit d’infrastructures éducatives, c’est le cas notamment de l’Ecole d’Alpha Condé, qui a été rénovée et transformée en étage ; ensuite le plus grand lycée Général Lansana Conté a été également rénové, puis le centre de santé amélioré. Mais, en ce qui concerne les taxes, elles n’ont pas commencé à verser d’abord au niveau de la commune rurale de Sangarédi.

Quels sont vos rapports en tant qu’élus et ces sociétés minières ?

Nous entretenons de très bons rapports avec les sociétés CBG et GAC, parce que toutes ces deux sociétés disposent des services qu’on appelle relation communautaire. Ces départements constituent les traits d’union entre les sociétés et nous. Nous nous comprenions avec surtout la CBG qui nous donne gratuitement l’eau et le courant à la population. Cela contrairement aux sociétés Rusal et HENAN CHINE, où il n’y a pratiquement pas de communication.

Depuis notre arrivée ici à Sangarédi, nous constatons un flux migratoire qui ne dit pas son nom. On constate cette affluence des femmes et des enfants qui quittent la Préfecture de Télemélé et certains villages environnants de votre commune pour la Guinée Bisssau à la recherche du bien-être disent-ils. Quelle est votre réaction face à cette situation ?

C’est un constat vraiment très bizarre que nous éprouvons sachant que Télemélé est le grenier presque de Sangarédi et de la préfecture de Boké. C’est une zone qui produit normalement des aliments de base (le riz, le maïs, le fonio, le manioc. Mais, c’est à notre fort étonnement qu’on voit cette vague de femmes avec des enfants qui transitent Sangarédi pour aller en Guinée Bissau. C’est un fait qui nous inquiète beaucoup parce que ces deux couches sont exposées aux intempéries de la nature. C’est un constat vraiment alarmant, mais devant la pauvreté qu’est ce qu’on peut.

Que comptez-vous faire à ce niveau ?

De notre côté, nous allons entamer très bientôt des sensibilisations dans l’éducation de cette communauté, parce que ce n’est pas en allant là-bas seulement qu’on peut survivre, on peut réaliser des activités sur place et pouvoir vivre.

Il est prévu dans notre budget d’aider cette communauté à travers des groupements d’intérêts économique. Aussi, des coopératives des jeunes dans l’agriculture principalement et dans d’autres activités génératrices de revenus. Cela permettra aux femmes de s’occuper à leurs enfants dans l’Education. Car, l’Acajou donne très bien en Guinée et surtout dans la zone de Boké ; c’est une zone de productrice d’Acajou par excellence ; c’est vrai que nous sommes affectés par l’exploitation minière qui parfois perturbe les sols et détruit des domaines cultivables. Tout de même, il existe d’autres domaines mais aussi des rivières au bord desquelles on peut réaliser des activités agricoles. En développant ces pratiques, je pense qu’on pourra contenir les communautés tout en les mettant à l’abri à cette nouvelle vague de migration. C’est un constat qui nous interpelle tous et nous allons nous atteler à ce phénomène.

Vous êtes élus maire de la commune rurale de Sangarédi sous la bannière du parti Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), il y’a également d’autres partis politiques et mêmes des conseillers issus des listes indépendantes qui sont représentés dans ce conseil communal, quels sont vos rapports ?

Je suis effectivement issu de la formation politique (UFDG), il y’a également d’autres qui sont issus d’autres formations politiques et même des conseillers qui ont été élus sur la base des listes indépendantes. Et moi, j’ai eu la chance d’avoir la majorité de l’ensemble de ces conseillers pour être élu maire, car, sur les 33 conseillers, j’ai eu le soutien et la confiance de 25 conseillers, tous ces 25 conseillers ne sont pas issus de l’UFDG, parmi eux, il y’a certains qui sont du RPG arc en ciel, d’autres de l’UFR, de l’UDG voir même des indépendants ; cela dénote que nous sommes issus d’une formation politique mais nous sommes élus pour toute la communauté de Sangarédi. Donc, on s’est pas dessaisi complètement le manteau de militant UFDG, mais dans le cadre du fonctionnement de la commune, nous avons le même objectif, c’est comment développer Sangarédi.

Quelles sont vos difficultés ici à Sangarédi ?

Nos principales difficultés, c’est à l’endroit de quelques sociétés. Nous avons des difficultés avec les sociétés RUSAL et ENALCHINE. Il n’y a pas de communication entre ces sociétés et la commune, ce sont des sociétés qui ne jouent pas leurs responsabilités sociétales comme les sociétés CBG et GAC. Si vous prenez la société Rusal, elle n’honore pas ses promesses malgré que les communautés se trouvant dans ses zones qu’elle exploite sont impactées négativement par leurs activités, il y’a des marigots qui ont tari suite à cette activité de Rusal et n’ont aucune retombée, chose que nous déplorons.

Ensuite, c’est la rareté des terres cultivables qui affecte le développement agropastorale dont 90% de la population se consacre. Autre difficulté que nous rencontrons, c’est la destruction de l’Environnement à très grande échelle par non seulement les activités de prospection des sociétés minières mais aussi des activités collatérales de ceux qui ne sont pas employés dans les sociétés qui détruisent l’environnement avec des activités de déforestation.

Quel est votre appel à l’endroit de la population de Sangarédi ?

L’appel que j’ai à l’endroit de la population de Sangarédi, c’est de nous accompagner dans la réalisation de notre plan de développement de cette localité. Nous leur demandons également d’entretenir le bon voisinage avec les sociétés minières qui évoluent dans notre zone. Parce que chaque commune doit bénéficier de plus d’un milliard de francs guinéens pour son développement au titre des revenus miniers. Donc, je sollicite la préservation de la paix et la cohésion sociale des populations en particulier et en général celles qui vivent dans les zones minières. Nous devons entretenir des relations de convivialité avec ces sociétés pour ne pas les perturber dans leurs programmes et planification.

Donc, selon vous si cet appel est entendu par les populations, le développement des communes rurales et urbaines sera une réalité ?

Bien sûr que oui, déjà nous ici à Sangarédi, les deux dernières semaines les populations ont constaté l’effort de la CBG dans la fourniture de courant à plus de 80% des habitants de cette localité à travers des groupes. Et nous le savons tous que l’eau, le courant, la sécurité c’est des rôles régaliens de l’Etat et si certaines sociétés arrivent à le faire, nous les habitants nous devons vivre en harmonie avec ces sociétés pour le développement.

Merci beaucoup monsieur le Maire.

C’est à moi de vous remercier

Propos recueillis par Oumar M’Böh pour lecourrierdeconakry.com 

 

       

 

 

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