Interview avec Dr Karifa 2 Kourouma : Tout savoir sur la tuberculose

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La tuberculose est l’une des maladies les plus contagieuses en Guinée à laquelle plusieurs citoyens sont confrontés de nos jours.  Le centre de traitement anti-tuberculose de la Carrière qui reçoit des dizaines des patients par jour est l’un des centres les plus fréquentés en Guinée. Lecourrierdeconakry.com est allé rencontrer le Dr Karifa 2 Kourouma, médecin chef dudit centre.

Lecourrierdeconakry.com : Docteur, dites-nous, avant d’entrer dans le vif du sujet, c’est quoi la tuberculose

D Karifa 2 Kourouma : La tuberculose est une maladie contagieuse à transmission interhumaine. Elle est due à un microbe bactéro-tuberculogiste ou bien le Bacille tuberculeux ou le Bacille le nom du savant Robert Cross qui a mis en évidence pour la première fois, cette maladie.

 

Comment se transmet la tuberculose ? 

 

La tuberculose se transmet par voie respiratoire lors de la parole, lors du rire, la toux, l’éternuement.

Est-ce qu’une personne atteinte de la tuberculose peut transmettre la maladie en partageant le repas, le lit, les habits avec une personne saine ?

 

La population ne doit pas penser que quand vous mangez avec la même cuillère avec une personne tuberculeuse vous allez attraper la tuberculose, quand vous vous asseyez là où était assis le tuberculeux vous allez attraper la tuberculose, quand vous portez un habit qu’il vient d’enlever, vous allez attraper la tuberculose. Non, la voix de transmission est principalement respiratoire.

Il y a combien de forme de tuberculose et quelles sont-elles ?


Il y a deux formes de tuberculose. C’est la forme respiratoire et la forme extra-respiratoire (en dehors des poumons). Donc la tuberculose extra-respiratoire peut prendre n’importe quel organe. ça peut être la gorge, ça peut être le ventre (l’abdomen) (de l’abdo-tubertonial), ça peut être le méninge (la tuberculose méningée), ça peut être le testicule (tuberculose testiculaire), ça peut-être les os, les articulations (tuberculose osseuse).

Le Bacille tuberculeux a-t-il des caractéristiques ? 

Le bacille tuberculeux a des caractéristiques qui nous aident à faire, quelque part, une prévention. Ce bacille se multiplie très lentement, presqu’une fois par jour. Ce bacille aussi peut être détruit par la lumière naturelle (les rayons intra-violets). Il peut être détruit par l’alcool, par l’acide. Ce fait aussi que c’est les poumons qui sont les organes les plus touchés, c’est parce que ce bacille aime l’oxygène et l’obscurité. Il est tué par la lumière naturelle. Donc la méthode d’introduction dans l’organisme c’est la voie respiratoire et le bacille a une prédilection pour l’oxygène et pour l’obscurité.

Quelles sont les personnes qui sont plus susceptibles  à attraper la tuberculose ?

 

Les personnes qui sont à haut risque de faire la tuberculose, c’est-à-dire le facteur de risque, c’est la précarité socio-économique. Vous allez voir des gens qui sont 3 à 4 jusqu’à 5 dans une chambre. Quand une personne a la tuberculose, elle tousse. Déjà il y a un confinement qui est là. Ceux qui sont à côté sont beaucoup plus exposés à faire le microbe. Les migrants, les prisonniers, les personnes qui abusent de l’alcool et de la drogue, de la cigarette, c’est-à-dire les étilo-tabagistes, les toxicomanes par voie intraveineuse, les personnes infectées par le VIH, mais les personnes humino-déprimées, les femmes enceintes, les diabétiques sont prédisposés, les insuffisants rénaux sont prédisposés, les personnes âgées sont aussi prédisposées.

Quand on dit que la tuberculose se transmet par la voie respiratoire, il ne faut pas que les personnes pensent que si vous cohabitez ou bien faire quelques heures ou quelques minutes vous allez attraper la tuberculose, on peut aller tout juste à l’hôpital pour se traiter. Non. Il faut trois conditions pour faire la tuberculose. Il faut que nos bacilles se multiplient rapidement. Il y a des millions et des millions de bacilles tuberculeux dans le corps. Il faut aussi que ces millions-là soient virulents. Quelles forces pour nuire ? Il faut que la personne soit prédisposée à le faire lorsque c’est elle qui héberge le microbe ou bien la bactérie soit prédisposée à faire la maladie, c’est-à-dire beaucoup de millions de bacilles dans le corps pour que ces bacilles soient virulents, mais il faut aussi que l’intéressé soit faible. Mais si ces conditions ne sont pas réunies, elle ne pourra pas faire la maladie. Moi personnellement je sais que j’héberge la maladie dans mon corps depuis longtemps, mais je n’ai jamais fait la maladie. J’ai fait les examens, je n’ai pas vu des problèmes pour le moment. Donc on peut héberger le bacille pendant toute sa vie sans faire sa maladie.


Comment reconnaître à vue d’œil une personne qui peut transmettre la tuberculose ?


L’intéressé, le patient ou bien la personne doit tousser deux semaines ou plus. Donc pour reconnaître les signes de la tuberculose, c’est la toux pendant deux semaines ou plus. L’intéressé peut faire la fièvre ou bien fébricule, petite fièvre. Souvent c’est le soir ou bien la nuit, mais il néglige. Sans prendre les médicaments, ça disparaît. Il peut transpirer mais souvent c’est la nuit. L’intéressé ne mange pas. On appelle ça l’anorexie. Il est fatigué, il a perdu du poids. On peut retrouver l’absence des règles chez les femmes. Donc ce sont les signes pour reconnaître une personne tuberculose. Mais le diagnostic se pose par l’isolement du responsable, le responsable de la maladie. C’est quoi  le bacille tuberculeux? Comment il faut l’isoler ? On dit au patient de tousser, de mettre le crachat dans une boîte qu’on envoie au laboratoire pour un examen direct. Soit le patient ne peut pas tousser, on peut passer par tubage gastrique, c’est-à-dire introduire à travers les narines, pour prendre un prélèvement dans l’estomac, prélèvement matinal qu’on appelle gastrique qui nous permet de mettre en évidence le responsable qui est le bacille tuberculeux ou bien à travers l’unis fibroscopie. On fait un lavage broncho-alvéolé. On envoie au laboratoire pour le diagnostic, pour visionner le responsable. Mais aussi comme je l’ai dit, il y a des formes extra pulmonaires au niveau des poumons, il y a d’autres prélèvements aussi qu’on peut faire. S’il s’agit par exemple de la tuberculose sponitoniale on peut faire un prélèvement au niveau de l’abdomen pour envoyer au laboratoire s’il s’agit de tuberculose giro-génitale, ainsi de suite. On peut encore faire la radio pulmonaire qui va essayer de mettre en évidence des lésions pulmonaires qui facilitent le diagnostic.

La tuberculose était-elle mortelle ? Y a-t-il un remède ?


C’est vrai, la tuberculose est mortelle si elle n’est pas diagnostiquée tôt et si elle n’est pas traitée. Les 50% des tuberculeux peuvent mourir sans traitement, sans diagnostiquer  tôt. Mais quelqu’un qui suit correctement son traitement, il y a une forte chance qu’il guérit. Mais s’il ne suit pas correctement son traitement, ça peut conduire à une résistance qui va rendre très difficile la prise en charge. Donc effectivement la tuberculose est mortelle, mais c’est s’il n’y a pas de prise en charge précoce et adéquate. Don on peut traiter la tuberculose. Et le traitement est gratuit sur toute l’étendue du territoire national de la Guinée. Le traitement se fait en deux phases. La durée du traitement d’abord est de six (6) mois. Il y a des cas de tuberculose commune, sensible qui est de six mois de traitement. Il y a une phase intensive de deux (2) mois, une phase d’entretien ou une phase de continuation de quatre mois. Effectivement c’est traitable.

Comment se fait la prise en charge d’une personne atteinte de la tuberculose ?

Pour la prise en charge du patient, il faut s’assurer que le patient prend correctement son traitement. S’il prend correctement son traitement, il n’y aura pas de complication, même s’il y a complications ça ne va pas être grave, généralement. On doit aussi s’assurer  que le médicament est efficace. Un patient qui prend correctement son traitement, on doit s’assurer de l’efficacité du traitement de la tuberculose, c’est-à-dire par la série de contrôles du deuxième mois, cinquième mois et sixième mois. Il faut au niveau du traitement, identifier les effets secondaires et les traiter. Parce que les effets secondaires peuvent amener le patient à ne pas suivre son traitement. Donc quand on les identifie, on les traite, les prend en charge. Mais aussi ne pas oublier l’entourage du patient. Il faut prendre en charge l’entourage du patient, voir quelles sont les personnes qui sont entrées en contact avec le patient, surtout les enfants, les mineurs pour dépister et prévenir la tuberculose sur ces personnes.


Comment prévenir la tuberculose ?


La prévention de la tuberculose, d’abord il faut dépister très tôt les patients qui peuvent transmettre la maladie. Les patients atteints d’une forme respiratoire de la tuberculose, c’est-à-dire la tuberculose pulmonaire, la tuberculose bronchite, etc. Donc quand ces patients-là sont dépistés très tôt et sont pris en charge très tôt, ça diminue la transmission de la maladie.

Est-ce qu’il y a un régime alimentaire pour la tuberculose ?

Il n’y a pas de régime spécifique pour la tuberculose. Le patient peut manger tout ce qu’il veut, tout ce qu’il peut manger. À l’exception de l’alcool, de la cigarette, de la drogue. Après il doit se protéger. S’il n’a pas de bavettes surtout c’est l’avènement du Covid-19, donc déjà c’est une obligation de tout un chacun de porter les bavettes qui peuvent diminuer la transmission respiratoire de la tuberculose. Il est recommandé de toucher dans le coude. S’il tousse et il renvoie certaines liquides, il doit cracher mettre le crachat dans un pot et si le patient atteint à un certain stade, il doit mettre ses crachats dans un trou ou dans les WC et essayer de rincer avec de l’eau de javel qui peut tuer les microbes.

Le Covid-19 a-t-il impacté le traitement de la tuberculose ?


Au début, le Covid-19 a impacté parce que les gens avaient une perception, quand ils toussent, quand on demande les examens des lésions qui peuvent ressembler au Covid-19. Ça trouve que ce n’est pas le Covid-19. Si l’intéressé n’arrive pas à bien faire le crachat, on lui demande de faire le tubage gastrique ou bien déposer le crachat et de revenir le lendemain prendre le résultat, mais essayer de faire aussi le test de Covid-19, l’intéressé ne revient plus. Certains mêmes changent de structure. Maintenant là, à travers les sensibilisations, les gens sont compréhensifs. Ils ont compris que le Covid-19 ce n’est pas quelque chose qui est politique. Beaucoup pensaient que le Covid-19 c’est purement politique. C’est lorsque tout le monde a compris que c’est une maladie commune à combattre, la chose est devenue plus facile pour nous et les patients coopèrent avec nous. Il y a moins de fuites. Mais au début ce n’était pas facile. On a perdu beaucoup de patients surtout quand on leur dit de faire le test de Covid-19, ils reviennent plus.

Quel conseil avez-vous à donner aux citoyens sur la tuberculose ?

Je vais commencer à dire d’abord que la tuberculose c’est une maladie comme toute autre maladie. Elle se guérit et le traitement est gratuit sur toute l’étendue du territoire national de la Guinée. Il faut que les gens sachent que tout le monde peut attraper la tuberculose. Si nous prenons l’ensemble de la population guinéenne, les 50% hébergent la tuberculose dans son corps, mais qui reste la forme dormante dans le corps. Il héberge le microbe mais toute sa vie il ne fera pas sa maladie. Donc on doit encourager les gens de ne pas avoir peur de venir se faire traiter de la tuberculose surtout quand c’est diagnostiqué tôt on freine la transmission de la maladie. Quand c’est pris en charge tôt, l’intéressé ne fera pas un mois de chômage. Au maximum quand quelqu’un prend le traitement on suppose après deux semaines près de 90% de la maladie de BK sont tués. Donc on vient diagnostiquer la maladie très tôt, on dépense moins, on souffre moins, souvent on ne va pas perdre son travail. J’invite toute la population quand quelqu’un constate qu’il tousse pendant plus de deux semaines il peut venir consulter un centre de le plus proche. Quand il voit tout temps qu’il a la fièvre, le palu prolongé plus la toux, plus la fatigabilité, l’amaigrissement, il doit venir se faire diagnostiquer pour voir s’il a la tuberculose. Donc ce n’est pas quelque chose qui doit être mystifié, surtout tout a été rendu facile par le gouvernement par le programme antituberculeux.

Entretien réalisé par Ibrahima Foulamory Bah pour lecourrierdeconakry.com 

 

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